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Textes écrits par des participants à mes ateliers et à mes stages d'écriture, manifestations littéraires, concours... 

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Camille L.
25 juin 2026
Textes d'ateliers

Au fond de nous-mêmes Nous désirons tous qu'arrive vite le jour du drame Nous désirons tous que demain soit la veille d'un nouveau jour Que demain voit la fin de cette nuit noire Que vienne le jour d'après Nous voulons tous connaître ce qui doit arriver Depuis quand avons-nous commencé à attendre ? ...

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17 mars 2026
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25 June 2026
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Un scintillement d’oiseaux ouvre l’espace du matin profondeur sidérante du piaillement têtu des étoiles sonores cheminement sans fin riante aventure dans la masse  des cris tourbillonnants promené par les pointes élancées des aigus  s'enfoncer et se perdre en galaxies fuyantes repérage d’un son aussitôt emmêlé dans la prolixité  d’une énergie joyeuse s’enfoncer jusqu'au cou dans un pétillement bouche bée, souriante se noyer, emporté dans la course vivante des chants de la forêt.
06 March 2026
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Jacques Villon, Portrait de J.L.B. Temporalité et écriture La littérature, le roman en particulier, peuvent raconter des vies entières en quelques pages et, même si l’auteur se donne des centaines ou des milliers de pages, il lui  faudra choisir, sélectionner et se centrer sur certains moments qui lui semblent représentatifs ou nécessaires à son récit. Pour passer de l'un à l'autre  de ces temps "racontés", la narration effectue un « saut » et il existe plusieurs façons de le concevoir et de l'articuler au récit, ces différentes options narratives, ces diverses façons de passer d'un temps à l'autre se distinguent notamment par leur rapport au tout, à la totalité de l'histoire, à sa suite temporelle complète.     L’ellipse : maintien d’une chronologie lisible Ces sauts, quand ils sont faits en reliant entre eux les moments racontés, s'appellent des ellipses.     L'ellipse omet, "saute" une portion de temps, d’action, mais elle le fait dans un cadre temporel qui reste globalement ordonné et repérable. Le texte fournit pour cela des indices (adverbes, dates, saisons, âges des personnages,  données temporelles, un court résumé de ce qui s’est passé entretemps etc.) qui indiquent au lecteur la suppression d’un segment de l’histoire et lui permettent de situer mentalement l’ellipse dans une chronologie comme le « Quelques mois plus tard… » de Patrick Modiano dans  Rue des boutiques obscures.   Même quand l’ellipse est brutale  : « Seize ans plus tard. » écrit Victor Hugo, elle sous-entend une temporalité repérable.   Les différents moments du texte ainsi réunis par l’ellipse ne sont donc pas des fragments autonomes : ils restent des moments d’une même chaîne causale et chronologique séparés par un moment sous-entendu: le temps manquant existe dans l’histoire, il est évoqué, affirmé comme non raconté. Le lecteur perçoit une continuité partiellement énigmatique ou laissée dans l’ombre, mais encadrée et située clairement. L’ellipse ne fragmente donc pas le texte : elle est un outil qui permet de condenser le récit.   Les fragments, des segments autonomes L'ellipse situe l'extrait par rapport à la totalité, au minimum par rapport à l'extrait précédent, comme un morceau d'un puzzle se présente en tant que partie d'un tout.   Le fragment refuse cette référence, il se présente comme un tout séparé. Il laisse les moments absents totalement dans l’ombre, sans repère temporel pour les situer les uns par rapport aux autres, le récit n’est plus simplement discontinu, mais fragmenté. Le lien peut être fait, ou pas, par le lecteur, mais la totalité devient une référence floue, très allusive ou indirecte. Il n'y a plus de référence à une temporalité repérable que l'on pourrait reconstituer.     Exemple d'écriture fragmentaire hors fiction dans Les Ombres errantes de Pascal Quignard, ouvrage composé d’une succession de fragments méditatifs. « Lire, c’est quitter le monde visible.Celui qui ouvre un livre se retire.Il abandonne le bruit commun pour une voix silencieuse.La lecture est une solitude partagée avec un mort.  Dans les livres, les morts parlent aux vivants.La voix qui vient de la page n’appartient plus à personne.Elle a traversé le temps.C’est une parole sauvée de l’oubli. »   Exemple dans la fiction dans Les Vagues de Virginia Woolf, ce roman est composé de monologues successifs de différents personnages, sans transition narrative. Chaque prise de parole forme un fragment autonome. Fragment 1 : monologue de Bernard« Les feuilles tombent ; les feuilles tombent sans cesse.J’erre dans les rues de Londres, inventant des histoires.Chaque visage que je croise devient le début d’un récit.Pourtant, au moment où je veux saisir ces histoires, elles s’évanouissent. »Fragment 2 qui enchaine  : monologue de Susan« J’aime les champs humides et les odeurs de l’étable.Ici, la terre est solide sous mes pieds.Les villes me troublent ; leurs voix se croisent sans repos.Je préfère le rythme lent des saisons et le pas régulier des bêtes. »   L'idée de fragment se retrouve à tous les niveaux du texte :  Au niveau d'éléments temporels séparés, non reliés par une ellipse, le fragment concerne la chronologie,  le temps est coupé. Il peut être  ponctuel, réversible, ou suspendu ; le temps fragmenté ne s’écoule pas vraiment. Au niveau stylistique, la fragmentation se fait essentiellement par des phrases sont juxtaposées. En ce qui concerne la construction globale, la fragmentation se fait au travers de matériaux hétérogènes sans marqueurs logiques ou causaux explicites. Les parties séparées se suivent avec une relation qui  peut rester flottante ou associative et qui relève davantage de la résonance, de l’écho, de la juxtaposition, de la variation ou de la contradiction que de la succession ordonnée. Contrairement au montage ou à la construction classique, les fragments ne sont pas nécessairement organisés en système. Le mot qui caractérise le mieux  le fragment, c'est l'autonomie. Le fragment est un texte bref mais complet. On parle alors de texte fragmentaire, de narration éclatée, d'écriture discontinue.   Dans sa forme la plus radicale (Blanchot, Cioran tardif, certaines proses de Jabès, Handke dans Le Malheur sans désirs, ou encore Pascal Quignard), le fragment ne se situe pas dans une hiérarchie et leur ordre peut être modifié sans détruire l'ensemble ou sans que l'on puisse y voir une faille par rapport à une hiérarchie narrative. Cette déconstruction de l'idée de totalité et d'ordre est parfois désignée comme  le « non-lien » ou le « rapport sans rapport » (Blanchot). Le fragment a été inauguré par Friedrich Schlegel et la tradition romantique. « La littérature est le fragment de tous les fragments » a pu écrire Goethe. Le fragment n’est pas un morceau d’un tout, mais une forme ouverte. On peut parler aussi d'une poétique différente de celle de l'ellipse : d'une tentation ou d'une recherche de l’inachèvement.   Fragmentation, concentration, condensation L'expression « écriture fragmentaire » peut recouvrir des formes différentes qu'on ne peut simplement assimiler et résumer par l'idée de discontinuité. La « fragmentation » n’est pas un procédé unique, mais une famille de formes de ruptures selon le niveau et le type d'autonomie recherchés.   Il faut rappeler que de nombreux textes, notamment contemporains, utilisent à la fois l'ellipse temporelle et une forme de fragmentation dans des orientations multiples. La frontière ellipse / fragment (et c'est le propre de toute notion littéraire, nous ne sommes pas en mathématique...) devient parfois poreuse.  On peut citer dans le domaine poétique René Char avec des fragments très autonomes, mais parfois une thématique de la Résistance ou une chronologie émotionnelle diffuse les relie subtilement. Et dans l'autofiction : Annie Ernaux, dans certains livres comme Les Années, mélange écriture fragmentaire et ellipses temporelles très marquées avec une chronologie historique quand même lisible.   Notons égalment que l'écriture fragmentaire peut aussi se marquer, non par l'absence de repère mais par une proportion texte/totalité. Raconter une existence humaine en quelques paragraphes séparés, même avec quelques indications, procède du fragment. Trop de choses manquent pour que la perception de la discontinuité, du vide, ne prime pas sur celle d'une totalité.  On peut placer dans cette catégorie le livre «Roland Barthes par Roland Barthes », une biographie que l'auteur veiut "éclatée" en chapitres comment autant de fragments de vie avec comme incipit, par exemple : Au moment du premier cri… Au tableau noir… La première fois qu…. A trente ans…  La dernière fois qu… A son dernier instant…   Les repères temporels sont là, mais la chronologie complète s'estompe au profit d'instantanés qui, certes renvoie à l'idée de biographie, mais celle-ci, largement absente, ne peut qu'être très partiellement reconstituée.   Beaucoup de textes ne sont pas fragmentés au sens de complètement décousus et composés de morceaux sans liens explicites, mais la façon de raconter par de menus éléments, des micro scènes pour évoquer un temps très long, laissant tout le reste dans l'ombre sont tellement concentrés, condensés qu'ils donnent une impression de fragmentation malgré les ellipses et repères. Exemple d' écriture ellpitique, concentrée jusqu'au fragmentaire et pourtant très évocatrice : "À dix-huit ans, Pierre quitta la maison campagnarde où il était né. Au moment précis où il s’en alla, sa vieille mère infirme était dans Ie lit de la chambre bleue dans laquelle il y avait le daguerréotype de son père, des plumes de paon dans un vase, et une pendule représentant Paul et Virginie, et qui indiquait trois heures. Dans la cour, sous le figuier, son grand-père se reposait. Dans le jardin, il y avait sa fiancée, des roses et des poiriers luisants. Pierre alla gagner sa vie, dans un pays où il y avait des nègres, des perroquets, des caoutchoucs, de la mélasse, des fièvres et des serpents. Il y demeura trente ans. Au moment précis où il revint dans la maison campagnarde où il était né, la chambre bleue était devenue blanche, sa mère reposait au sein de Dieu, Ie portrait de son père n’était plus là, et les plumes du paon et le vase avaient disparu. Un objet quelconque remplaçait la pendule. Dans la cour, sous le figuier où son défunt grand-père se reposa, il y avait des écuelles cassées et une pauvre poule malade. Dans le jardin de roses et de poiriers luisants où fut sa fiancée, iI y avait une vieille dame. L’histoire ne dit pas qui elle était." Francis Jammes, Le Roman du lièvre (1922)    Fragmentation, continuité... modernité ?  Au-delà du constat et de la nécessaire définition des termes, le choix de la fragmentation, par opposition à la continuité et sa construction, est une manière de se positionner par rapport à des questionnements de notre époque. La pratique du fragment correspond à un désir de coller ou d'exprimer sa dimension nettement discontinue, fragmentée, mais aussi, plus largement, de se placer dans une posture réfractaire à toute tentative de donner un sens global et universel au monde. L'écriture fragmentaire refuse, de façon plus ou moins marquée et consciente, toute idée de "réalité" autre que dispersée, éclatée, réalité décousue, insaisissable dont le discours continu et logique ne serait plus apte à rendre compte.    Une sorte d’évidence entoure la notion de fragmentation dans l’art contemporain. En effet, dans une large part de la création contemporaine, règne le subjectif, le partiel, le relatif. En peinture, le glacis, le tableau construit ont laissé place, par exemple,  au collage, en art plastique, la sculpture a laissé place à l’installation.   Il n’est donc pas étonnant de retrouver cette même tendance dans une partie de la littérature contemporaine. Il s’agit donc de renoncer à la continuité et, comme indiqué plus haut, renoncer à l’envie de tout expliquer, de tout articuler, de préciser les ellipses, d’assurer une continuité temporelle et une continuité des personnages au-delà des trous inévitables du récit.  Continuité temporelle et continuité spatiale sont remises en cause, mais aussi la continuité psychologique des personnages. Le personnage, et, par là, l’être humain, est-il unifié, existe-t-il comme continuité ? Le fragment est une façon de se placer du côté de la réponse négative.   Une partir de ce refus vient aussi de l’idée selon laquelle guider trop précisément le lecteur serait lui imposer une vision du monde dans lequel tout s’enchaîne et s’articule. La discontinuité, en laissant des vides, cherche à laisser plus de place au lecteur, l’auteur renonce à occuper le terrain, le texte s’ouvre, les possibles d'interprétation s’accroissent.   L’écriture fragmentaire correspond aussi à l’envie de ne pas expliquer et de ne pas juger : montrer, raconter et laisser des trous dans le récit, à la limite des incohérences, comme une façon d’écrire sans y toucher, sans s’engager.   La discontinuité se niche donc aussi et peut-être plus souvent encore - comme noté plus haut -  dans le style. Parfois, une histoire précise est racontée dans un style dit blanc, neutre, si minimaliste qu’elle peut être ressentie comme fragmentaire, mais le style n’est pas le sujet de cet article.    Ce qui est intéressant de noter ici, c’est que ce qui se joue au niveau du sens et ce qui se passe au niveau de la forme se rejoignent, s’il n’y a pas - pour l'auteur -  de possibilité de sens dans l'existence humaine, dans la suite des évènements, une discontinuité, une tendance au fragment apparait dans la forme du texte littéraire.    On peut évidemment relier ce retrait de la liaison et parfois même de toute construction à la disparition des grandes idéologies, des grands récits politiques ou religieux qui donnaient sens à l’histoire, remplacées par des objectifs plus modestes.    Dans beaucoup d’analyses du postmodernisme, la fragmentation est ainsi interprétée comme le signe d’un monde où les grands systèmes d’explication se sont effondrés, elle serait le symptôme d'une acceptation de la perte de tout sens global. Toute idée de totalité ou même de direction préférable serait ainsi devenue suspecte. Cette alternative entre, d'un côté, continuité -avec ses ellipses,  ses repères, sa construction, sa cohérence-  /  et, de l'autre, la fragmentation, a donc deux versants : Un versant positif, celui qui cherche à laisser plus de place au lecteur, limiter les explications. Et un second aspect plus contestable, l’absence de sens et, parfois, il faut bien le reconnaitre, le risque d'une facilité : le fragment, le  refus de donner un sens, de proposer une interprétation glisse et élude le travail de construction et de forme.  Et pour conclure, un autre enjeu important de l'écriture par fragments : L’écriture doit-elle être à l’image de la vision contemporaine du monde, se conformant au constat de la perte du sens ?   Ou doit-elle être chercher une voie nouvelle pour, au minimum, interroger cette perte de sens et de cohérence et peut-être, à sa façon, en proposant de nouvelles formes, dépasser l'impasse fragmentaire, et tenter d'y répondre ? C'est dans cette voie qui prend en compte les questionnements contemporains, mais ne se contente pas de les constater, que je place mon travail.      {loadmoduleid 197}  
06 March 2026
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Pour provoquer et explorer le mouvement du monologue intérieur,  la thématique du mouvement continu est efficace. Ce thème permet d'expérimenter l'idée de flux de conscience. On ne "coupe pas le moteur" ni dans la tête du personnage ni dans le véhicule en mouvement. Le texte retranscrit directement le monologue intérieur comme un "micro branché dans le cerveau". Exemples de textes écrits avec cette proposition : -  Trop fort  -  Départ         {loadmoduleid 197}  
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Rentrée

rentree At Incipit

Au fond de nous même, nous désirons tous qu'arrive vite le jour du drame. Car sans vouloir nous l'avouer nous l'appréhendons..

Depuis le début de leur relation, ce thème était objet de discorde. Mais ils se sentaient si bien ensemble ! Un peu lâchement, ils avaient donc évité le sujet : « l'école », alors que l'un comme l'autre savait qu'il en serait à nouveau question tôt ou tard car ils n'envisageaient pas leur vie sans fonder ensemble une famille.

Lui, fils d'instituteurs, était carrément contre l'entrée à l'école avant 7 ans, l'âge de raison disait-il, contre ce mixage d'enfants rassemblés dans ce lieu le plus souvent clos, contre la prise en charge d'un nombre conséquent d'enfants par un seul adulte , même si aidé par une ATSEM. Un enfant s'épanouissait mieuxen présence de ses parents ou chez une assistante maternelle, sélectionnée avec soin. L'ancrage dans la vie était plus riche avec des activités diversifiées et une attention personnalisée qui respectait le rythme de l'enfant.

Pour elle l'école était un système louable et bénéfique qui lui avait permis de s'émanciper de son milieu social. Il lui venait parfois en pointes un sentiment de trahison et se retrouvait prise dans ce conflit de loyauté, tant commenté, en pensant à ses parents, et à cette famille, ces voisins auxquels elle arrivait encore à s'accorder mais maintenant jamais pour plus d'un jour ou deux.

Puis cette naissance tant désirée s'annonça. L'échographie montrait une fille, ils étaient enchantés par ce miracle, fruit de leur union. Après d'intenses recherches sur l'origine et la signification des prénoms, ils s'entendirent pour Iona-Séraphine.

Iona-Séraphine choyée, entourée, encouragée, stimulée, se montrait en retour très affectueuse, attentionnée, jamais en reste de questions pertinentes. Fernande, son assistante maternelle, était comblée par cette petite fille curieuse de toutes les activités proposées, sociable et parlant comme un livre déjà à 2 ans et demi !

C'est lors de leurs premières vacances en Espagne, minutieusement préparées, que Iona-Séraphine surprit une dispute entre ses parents qui mêlait des « non, je ne suis pas d'accord » à des « c'est l'âge obligatoire pour rentrer à l'école ». Barcelone, le parc Guell, la Sagrada famillia, la Rambla, le port, la plage, elle était émerveillée. Ses parents lui apprenaient des mots espagnols. Ces nouvelles sonorités qu'elle s'amusait à articuler à l'infini la mettaient en joie. Iona-Séraphine avait pris son parti : les laisser se débrouiller entre eux à propos des « d'accord, pas d'accord, école ». C'était le mot « obligatoire » qui l'intriguait le plus car « école », elle connaissait, elle l'avait déjà entendu dans les conversations.

Et depuis quelques mois, venant de toutes parts, sauf de son père, Iona-Séraphine était soumise à cette affirmation qui la questionnait :

Alors, ça y est, tu vas aller à l'école !?

Iona-Séraphine ne savait quoi répondre.

Les vacances en Espagne se terminèrent. Le chemin du retour fut pesant, trop silencieux pour Iona-Séraphine. Emergeaient de temps en temps « je ne suis pas d'accord-obligatoire- école »

Puis les parents de Iona-Séraphine abandonnèrent ces mots inquiétants et un jour, s'adressèrent à leur fille en leur montrant un calendrier. Ils lui expliquèrent que « le jour colorié en rouge, c'était le 1°septembre, et que ce jour là, elle irait à l'école. »

Les parents, stressés par cette étape, faisaient leur possible pour dissimuler leur appréhension à Iona-Séraphine mais celle-ci, comme tous les enfants décelait leur inquiétude camouflée.

Car qui n'a pas en mémoire ces enfants en larmes abandonnés aux griffes de maitresses débordées par ce premier accueil, certes essentiel dans la vie mais si fort en émotions ? Il détermine chez les parents l'ambiance de la journée et détourne toute leur attention vers l'angoissante pensée de cette séparation irrémédiable. Des souvenirs de souffrance et de panique resurgissent. Vivement l'heure de la sortie de l'école.

Iona-Séraphine savait déjà un peu compter et chaque fin de journée elle barrait consciencieusement sur le calendrier la case du jour finissant. Sa mère et son père l'accompagnaient plusieurs fois par semaine jusque devant le portail de l'école en guise de reconnaissance des lieux et lui expliquaient qu'elle entrerait par cette porte, qu'à midi elle mangerait dans le restaurant de l'école qui était là-bas, qu'elle pourrait jouer avec d'autres enfants…

Ils avaient visité plusieurs magasins de mobilier ; ses parents lui avaient dit qu'elle allait avoir un bureau, pour elle toute seule dans sa chambre, elle pourrait y ranger ses affaires comme une grande. Tous ces déplacements avaient été pénibles mais elle voyait ses parents tellement enthousiastes de leur recherche qu'elle était contente de leur faire plaisir. Elle n'avait d'ailleurs pas compris pourquoi à la place du joli bureau, avec tiroirs et étagères, qu'elle avait sélectionné, ils étaient finalement repartis avec 2 gros cartons, mais elle ne voulait pas les contrarier avec ses questions. Arrivés à la maison, Maman avait filé à la cuisine puis avait rejoint Papa dans la chambre de Iona-Séraphine. Il pestait devant un croquis au milieu d'un étalage de bouts de bois, de vis et de tringles. Iona-Séraphine reconnut le dessin du bureau vu dans le magasin. Maman aida Papa à rassembler les morceaux et le plateau fut vissé sur les pieds. S'en suivit une dispute : Maman voulait passer à table parce-que le repas avait fini de cuire alors que Papa voulait terminer la construction du bureau. C'est Maman qui a gagné. Iona-Séraphine était bien contente parce qu'elle avait faim.

Le samedi suivant, lors de la visite dans un nouveau magasin, elle hésitait encore entre un cartable garni de pochettes sur le côté et un tout lisse mais avec des bretelles. Papa avait dit qu'il fallait qu'elle se décide pour l'acheter parce qu'il risquait de ne plus y en avoir. Ce commentaire l'avait intrigué : comment toute cette caisse remplie de cartables pouvait disparaitre !? Le cartable à bretelles se retrouva avec la trousse rose aux petits chevaux verts dans le caddy. Iona-Séraphine avait voulu aussi le plumier exposé en vitrine. Les stylos quatre couleurs lui avait beaucoup plu, elle en avait choisi plusieurs. Crayon à papier, gomme, cahiers aux divers formats avaient suivi. Encouragée par la sollicitude de ses parents, elle avait décidé de renouveler sa boite de crayons de couleurs en choisissant cette fois un lot de 72 crayons aquarellables, avec pinceau et boîte en métal.

Maman avait fait le tri des vêtements : certains étaient trop petits et avaient été enlevés de l'armoire. Puis une liste de vêtements avait été notée. Pour le jour fatidique de la rentrée, Iona-Séraphine avait choisi un chemisier blanc à dentelles, une jupe à volants rose, des socquettes blanches, des bottines grenat et un gilet rouge. Elle avait voulu aussi des barrettes à nœuds multicolores pour ses cheveux. De retour à la maison, elle rangea soigneusement tous ses achats.

Le 1er septembre approchait. Les parents avaient demandé leurs heures de congé, autorisées, pour accompagner leur fille à l'école.

Puis arriva le grand jour. Iona-Séraphine était visiblement surprise par les larmes de détresse des enfants, il y avait même des parents qui pleuraient ! Elle embrassa chaleureusement ses parents, et leur répondit par un « à tout à l'heure » souriant avant de se diriger vers les animations proposées.

Les parents tellement soulagés, le père surtout, de cette entrée en scolarité si réussie, vinrent , sereins et soulagés, retrouver leur fille à la sortie de l'école.

« Alors ma chérie, tout s'est bien passé ? Tu as aimé l'école ? »

« Oui voilà, je suis allée à l'école. Maintenant c'est fait…. Je n'y reviendrai pas ! » 

Père et Fille
Dramatique

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"Si vous avez quelque chose à dire, tout ce que vous pensez que personne n'a dit avant, vous devez le ressentir si désespérément que vous trouverez un moyen de le dire que personne n'a jamais trouvé avant, de sorte que la chose que vous avez à dire et la façon de le dire se mélangent comme une seule matière - aussi indissolublement que si elles ont été conçus ensemble."  F. Scott Fitzgerald

"Le romancier habite les seuils, sa tâche est de faire circuler librement le dedans et le dehors, l'éternité et l'instant, le désespoir et l'allégresse."  Yvon Rivard

" La vie procède toujours par couples d’oppositions. C’est seulement de la place du romancier, centre de la construction, que tout cesse d’être perçu contradictoirement et prend ainsi son sens."  Raymond Abellio

"Certains artistes sont les témoins de leur époque, d’autres en sont les symptômes."  Michel Castanier, Être

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"Un livre doit remuer les plaies. En provoquer, même. Un livre doit être un danger." Cioran

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"La littérature n’est ni un passe-temps ni une évasion, mais une façon–peut-être la plus complète et la plus profonde–d’examiner la condition humaine." Ernesto Sábato, L’Ecrivain et la catastrophe

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