Au fond de nous-mêmes Nous désirons tous qu'arrive vite le jour du drame Nous désirons tous que demain soit la veille d'un nouveau jour Que demain voit la fin de cette nuit noire Que vienne le jour d'après Nous voulons tous connaître ce qui doit arriver Depuis quand avons-nous commencé à attendre ? ...
Au fond de nous-mêmes
Nous désirons tous qu'arrive vite le jour du drame
Nous désirons tous que demain soit la veille d'un nouveau jour
Que demain voit la fin de cette nuit noire
Que vienne le jour d'après
Nous voulons tous connaître ce qui doit arriver
Depuis quand avons-nous commencé à attendre ?
On raconte qu'autrefois, dans le village entouré de forêts et de brume
La cloche de l'église a sonné en pleine nuit, jusqu'au matin
Pas un glas, pas un tocsin, pas une heure
Un son long, grave, profond
Le lendemain, personne n'avait su qui l'avait entendue en premier
Mais tout le monde affirma l'avoir entendue
Le pasteur déclara simplement : « C'est l'annonce ! »
L'annonce de quoi ? Il n'y eut pas de réponse
Et depuis les jours passent, les mois, les années
Chaque jour nous attendons ce qui ne vient pas
Le temps s'est arrêté
Nous vivions dans le plus bel endroit du monde
Dans une vallée entourée de montagnes
Le silence à peine troublé par le murmure des ruisseaux et les cris des oiseaux
Et depuis ce jour, depuis ces mois, depuis ces années
Nous vivons dans une attente qui nous vrille le cœur
On ne sait ce qui doit arriver, mais on sait que ça viendra
Les anciens parlent de La Grande Catastrophe
La menace est partout
Dans les regards, dans les silences
Dans la façon dont on ferme les volets le soir
Dans les noms qu'on donne aux enfants
Nous portons la peur sur nos épaules
Celle de nos parents, celle des parents de nos parents
La peur éteint les regards, elle fige les gestes, elle alourdit nos pas
Tout nous fait signe, un oiseau, une main, une ombre
Les jours passent, puis les mois, puis les années
Depuis longtemps nous n'avons plus de questions
Les enfants ne grandissent plus
Nous oublions notre jeunesse
Nous avons perdu la mémoire
L'attente épuise notre imagination
Nous ne rêvons plus
Aujourd'hui nous ne sommes plus que quelques-uns
Certains d'entre nous ont renoncé
D'autres veulent en finir
Du village il ne reste plus que des maisons vides
Nous vivons comme on marche sur la glace d'un lac, espérant qu'elle ne se rompe pas
Chaque jour nous craignons demain
Chaque jour nous espérons que l'imminent soit là demain
Chaque jour nous voulons que demain arrive
Nous sommes en sursis
Nous sommes dans le silence
Quelque chose attend
Nous sommes prêts