Bienvenue sur le blog de mes stages et ateliers  d'écriture !

Textes écrits par des participants à mes ateliers et à mes stages d'écriture, manifestations littéraires, concours... 

Dernière publication

Claire P.
02 février 2026
Textes d'ateliers

JE Je pensais échapper au sort funeste d'être méprisée de tous. La nature avait fait de moi une jolie femme et je n'avais pas à m'en plaindre. J'aimais le regard que le roi posait sur moi, il me faisait exister et je connaissais la joie pour la première fois. Comme tout le monde finalement, j'interr...

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Invité - Bernard Le gris
22 janvier 2026
Bravo, j'adore votre élégant chapelet de gris. Je ne rajoutte que deux perles; le gris 2CV et legris...
Invité - Bernard Autocar
21 janvier 2026
Salut J François. super ton voyage en autocar dans la campagne de la vie. Très crument imagé à la fa...
Invité - Claire Pasquié Aimable
12 novembre 2025
J'ai beaucoup apprécié l'écriture et la composition. Les mots voisins sont amenés avec virtuosité si...

Derniers articles de mon blog : conseils d'écriture, exemples, bibliographies, mes textes...

02 février 2026
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La routine et la vie, deux ennemis, deux sœurs inconciliables ? Deux pans d’un même manteau. La routine ? Pas celle du peu, celle qui organise l’avancée artistique, culturelle, spirituelle, voilà ma belle tentation ! Écrire chaque matin, lire, diminuer méthodiquement l’immense pile de découvertes à venir, d’émotions ou de pensées stimulantes qui sont stockées sur mon bureau, mettre en ordre, enfin, l’infinie quantité de mes notes laissées à elles-mêmes sur l’un de mes carnets… Relire ce texte presque prêt à être publié, creuser cette idée de nouvelle sur… Et puis la vie est là, choses à faire, travail qui n’attend pas, flânerie ou envie de voir ailleurs, de respirer un autre air que celui du bureau et puis cette visite inattendue, merveilleuse ou un peu ennuyeuse… Les deux sœurs restent inséparables, l’une sans l’autre s’étiolerait. Alors je renonce à mes grands projets de perfection livresque comme à mes bonnes résolutions de marche et de disponibilité, je prends tout ce qui passe avec le sourire maternel devant l’imperfection de sa progéniture. La vie promet, ne peut pas tout tenir — et d'ailleurs moi non plus !— et me découvre tant d’autres charmes qui n’avaient pas encore leur place dans mes plans trop figés. Les bonheurs de l’imprévu côtoient et illuminent les moments consacrés à la littérature, à la pensée. Quelques pans de routine pour tenir une vie, ne pas la perdre, ne pas se perdre, ne pas passer complètement à côté. Espérer qu’à la fin, le partage soit — à peu près — le bon, équitable et sincère pour ne rien, vraiment regretter.    
27 janvier 2026
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« Définir une chose, c’est écarter d’elle les innombrables significations qu’y pourrait attacher notre ignorance et c'est, à son propos, en finir avec l’infini. » Marcel Aymé.   Nous ne chercherons pas une définition, mais une direction avec la volonté de ne pas la limiter à « l’histoire à chute » (surprise finale) image que se fait trop souvent le lecteur français de nouvelles, une forme qui prend le risque d’être un peu rigide et étroite. Deux perspectives : technique ou historique, il s’agit d’observer les développements de la nouvelle pour en repérer les constantes.    La nouvelle, un genre littéraire Les principaux autres genres sont le roman, le théâtre et la poésie. Les genres tentent de donner des repères dans un paysage littéraire varié, ils classent, mais ne rendent pas compte des spécificités de chaque texte. Ils s’imposent aux auteurs comme aux éditeurs, car le public semble aimer s’y référer !  Notre point de vue sera celui de l’auteur : pas du critique, de l’éditeur, ni du spécialiste.   Les genres ont leurs formats, leurs attendus de forme et de contenu, mais ces normes sont relatives à une époque et n’ont qu’une valeur indicative. La notion de genre, sorte de base qui peut servir de cadre, de repère, est faite pour être renouvelée, contestée et dépassée. Pour certains auteurs, c’est même une forme de repoussoir. Ils récusent la distribution en genres et préfèrent parler « d’histoire courte », de récits (Botho Strauss, terme allemand) qui n’impliquent rien d’autre qu’une limite de longueur.    Un genre polymorphe Notre approche tentera de ne pas « essentialiser » la nouvelle comme s’il existe un type « en soi », un idéal fixe et éternel en la réduisant à un type précis de texte avec des règles strictes et définitives, mais plutôt d’ouvrir le maximum de possibilités aussi bien de longueurs (de la longue nouvelle à la Maupassant au texte très court de Fénéon), que de thèmes et de styles (prose et poésie, lyrisme ou écriture sèche). La nouvelle, genre polymorphe est par excellence le genre des métamorphoses, elle se réinvente à chaque époque. Ni fixe ni figée, elle dépend de l’esthétique des auteurs.   Dans le domaine de l’édition, la nouvelle, à la diffusion souvent confidentielle, échappe à la marchandisation de la littérature et la standardisation qui l’accompagne. Elle propose un espace de création et de liberté qu’il serait dommage de trop restreindre.   Un genre narratif « L’homme est un conteur d’histoire. » Jean-Paul Sartre  La nouvelle, comme le roman, la légende, l’épopée, la fable, fait partie des genres narratifs, elle raconte une histoire ou tout au moins, on y perçoit des personnages. Ainsi, certaines nouvelles ne racontent pas vraiment d’histoire, mais une émotion ou font le portrait d’un personnage.   Selon les époques, elle se rapproche ou s’éloigne d’autres formes de récits brefs dont elle a eu parfois du mal à se distinguer : on la confond alors avec les contes, les histoires, les anecdotes, le cas de…, fables, apologues, scènes, leçons… qui sont accolés à son titre. Les recueils de nouvelles, notamment au XIXe siècle, prennent facilement le titre de « contes » sans toutefois se confondre avec les contes pour enfants. Au XXe, le conte, plus spécifiquement associé à l’idée de merveilleux, se distingue nettement de la nouvelle. Il est nécessaire de faire un bref retour sur le mot et son histoire pour en comprendre les enjeux.   Étymologie du mot "nouvelle" Il vient du mot italien novellare (XVIe) : double sens de récit et d’immédiateté, à la fois raconter et changer, c’est le premier avis sur un évènement, en subsiste l’expression « écouter les nouvelles ». De ce lien avec l’idée de nouveauté, la nouvelle garde la recherche de l’imprévu, de la surprise de sa fin : découvrir un évènement nouveau et renouveler un contenu par des récits originaux « frais » (en fait souvent des reprises). S’ancre ici l’idée d’authenticité, la nouvelle se veut la réalité ou plutôt, assumant sa dimension de fiction, la vérité au sens de l’histoire vraisemblable par opposition au conte, et, finalement : la fiction qui renouvelle la perception d’une histoire.     Historique de la notion   -  Qui est l’inventeur de la nouvelle dans sons sens actuel ? Difficile de l’identifier : Mérimée ? Nodier ? -  Son origine remonte au Moyen-âge avec les fabliaux, puis le Décaméron de Boccace (XIVe) et, à la Renaissance, les nouvelles épiques, novella italiennes -  Au départ : idée d’aventure, ce qui advient, récit de faits cocasses (Boccace), mais aussi histoire exemplaire.  Plusieurs tendances opposées : type/personnage individualisé et aventure particulière -  S’y croisent les sentiments individuels, peinture des sentiments/parodie ou recherche du rire, récit psychologique/pochade du fabliau médiéval.   Que le récit soit plaisant ou psychologique, le point commun est : s’en tenir à l’unité d’action.  Il s’agit de développer les phases essentielles sans déborder avec une structure narrative claire et nette : récit avec exposition resserré et déroulement rapide, la nouvelle va tout de go au fait principal comme le montre l’expression que l’on retrouve souvent chez Boccace : « pour abréger ».   - Elle se développe à l’âge classique et l’on considère alors la Princesse de Clèves comme une nouvelle. La nouvelle hérite de la tradition orale, celle du conte par ses sujets et par son style. - On remarque une relative éclipse au XVIIIe siècle qui préfère le conte et les récits classiques centrés sur un temps fort de l’action romanesque (évènement, rapt, rencontre, enlèvement, naufrages, évasions chers au XVIIIe) : sans réel souci de réalisme.  -  Renouveau au XIXe avec Mérimée, Gautier, Maupassant, Poe et bien d’autres dans une grande diversité de formes parfois (rarement toutefois) centrées sur un instant et une dimension psychologique, mais toujours liée à une anecdote, une histoire. Les termes nouvelle et conte sont utilisés au XIXe sans distinction d’où une certaine confusion.   - Le XXe poursuit cette évolution avec l’émergence de la notion de « recueil » de nouvelles.  On peut citer, parmi beaucoup d’autres : Marcel Aymé, Paul Morand, Marcel Arland, Colette, Boulanger, mais aussi Kafka ou au Japon, Akutagawa. C’est aussi un genre considéré comme périmé par exemple par André Breton.   - Actuellement boudée par le public au profit du roman -mais c’est peut-être un peu en train de changer-  on remarque le succès des nouvellistes de la deuxième partie XXe :  - étrangers : (Buzzati, Borges, Cortazar, Mishima, Pirandello, Botho Strauss, États unis : Salinger, Carver, Wolf…)  - ou français (Tesson, Jauffret, Daeninckx…).   Des formes proches apparaissent dans de nombreuses traditions littéraires étrangères à diverses époques, Novella, Novelette, Erzählung (récit ), Short Story (qui écarte la confusion avec la nouvelle au sens d’information )… Elles n’ont pas tout à fait le sens de « nouvelle à la française ».     Nouvelle et récits ? Ce rapprochement permet de comprendre ce qui est spécifique à la nouvelle. Le récit se concentre sur le déroulement des faits, la succession temporelle des actions : écrire un bon récit = bien raconter.   La nouvelle est aussi un genre narratif = elle raconte une histoire, une anecdote, un incident, un évènement.  Oui, mais… pas toujours : raconter ne suffit pas à la définir ! Ce n’est pas seulement récit bref ! Exemples : la vie d’un homme célèbre, même bien racontée de façon brève, ne fait pas une nouvelle ni le récit détaillé d’un fait divers. Déjà, dans l’Heptaméron (72 histoires) de Marguerite de Navarre (1559) : l’anecdote n’est plus une fin en soi, ni même la distraction : elle porte une valeur morale, une dimension d’élévation.   Autre différence : la nouvelle implique  une structure qui mène à la fin  ou construit une forme originale.  Un récit non structuré, même avec chute, ne suffit pas : il manque la mise en place d’un jeu de pistes, de détails repris ou modifiés…   D’où la nécessité aussi d’une intention, en prenant ce mot dans au sens très large : surprise, trouble, enchantement… Même si la nouvelle se centre sur une ou des scènes inclues dans une histoire : le « bon récit » ne suffit pas.    Nouvelle et roman ?   On peut tenter de la définir par comparaison avec le roman : un roman concentré ? Péjorativement parfois, on trouve des définitions comme : roman avorté, roman miniature, « vide poche d’auteur » qui suggère une sorte de facilité par rapport à l’écriture d’un roman.    Certes, elle se différencie par sa longueur, mais même la nouvelle-récit n’est pas un petit roman ! Comme nous l’avons souligné précédemment, une vie d’homme extraordinaire, un récit de vie, une scène, une brève anecdote… ne font pas une nouvelle. Elle exige une cohérence de la forme et la faculté de surprendre, de ne pas se laisser deviner. On voit ici l’importance de l’art de la suggestion, du sous-entendu qui reste au centre de l’écriture de la nouvelle.    La lecture d’une nouvelle est différente de celle d’un roman, elle s’inscrit dans un temps différent, s’aborde avec un état d’esprit différent. Le roman présenté comme horizontal, s’étalant dans le temps à la verticalité de la nouvelle qui creuse et ramène directement à la surface des éléments cachés, secrets. Ce qui est possible, car il s’agit de la lecture d’un texte dont on a la totalité en mémoire.   Plus la nouvelle est longue, plus elle ressemble à un petit roman. Avec plusieurs scènes concentrées, elle perd son caractère synthétique, mais elle peut avoir le charme du « petit » roman : le développement permet la plongée du lecteur, son attachement aux personnages…    Nouvelle et microfiction  La microfiction, genre nouveau de récit très court, se distingue de la nouvelle très courte, par sa façon de se centrer non plus sur la composition, la forme, la structure, mais sur la dimension de fragment, d’ellipse, l’implicite, la suggestion, l’ambiguïté et le rôle accru du lecteur qui en découle.    Synthèse de la notion de nouvelle aujourd'hui En résumé, rappelons les caractéristiques de la nouvelle aujourd’hui. Même si le terme semble impossible à définir avec rigueur, car beaucoup de nouvelles jouent et même s’éloignent des attendus de ce genre littéraire -ce qui est plus que légitime, car, en matière de création, réussir, c’est souvent brouiller, bousculer, transgresser les modèles et les genres- l’on peut repérer des tendances fortes de la nouvelle :    -  La brièveté - par opposition au roman - est le caractère le plus unanimement accepté , mais laisse tout de même un éventail assez large : de moins d’une page -pensons au « Nouvelles en trois lignes » de Félix Fénéon- à quelques pages à ou quelques dizaines de pages. Le critère éditorial est souvent de comporter moins de 20 000 mots.    -  Esthétique de cette brièveté  La densité d’un récit fortement unifié : unité d’action, sujet unique, une seule histoire alors que l’art du roman consiste souvent à entremêler les histoires.  Pas (ou peu) d’images et de métaphores, ou très bien choisies : riches de résonances et de connotations.   - Simplicité de sa construction narrative : la nouvelle se concentre sur un épisode tandis que le roman est une suite d’épisodes. Son argument doit pouvoir être résumé en une courte phrase. Pas de développements, mais une concentration : elle propose un « raccourci vers » une idée, une émotion…   - Cette économie de moyens correspond à une forte intensité de l’effet produit. Un seul narrateur direct ou reprenant une histoire racontée, une lettre trouvée ou une construction enchâssée comme dans les Mille et une Nuits ou Jacques le fataliste qui permet d’organiser plusieurs nouvelles ensemble. Cadre spatio-temporel précis : forme concentrée de l’action et surtout du temps, la nouvelle raconte souvent un moment de crise avec ou sans les moments qui la précède (mais pas toujours)…   -  Réduction du contexte à l’indispensable, à l’immédiat. Et parfois moins… Nombre de personnages réduit.  Portraits et descriptions courtes. Souvent le récit prime sur la psychologie des personnages qui n’est décrite qu’en relation avec les évènements du récit.    -  Esthétique de la surprise souvent concentrée dans la fin : la nouvelle prépare une chute avec un effet de surprise, de résolution d’une crise ou parfois même de transgression.   Mais ce n’est pas la seule possibilité : la surprise qui éclaire un aspect inattendu (morale, sens de la vie, psychologie…) peut surgir par la forme et par le fond plus que par la fin.    Cette surprise passe par une révélation ou quelque chose de plus ténu : explicite, mais aussi implicite : trouble, non réponse qui vont donner de l’épaisseur au texte, un pouvoir de fascination.   Elle fait percevoir quelque chose sous un nouveau jour. L’idée de nouveauté la distingue du conte ou de la fable. Souvent, elle repose sur une ambition de vérité, de description fidèle du monde : ambition de provoquer une interrogation, une prise de conscience, d’avoir une portée philosophique, sociale, psychologique, « humaine » tout simplement !   - Certains caractérisent la nouvelle contemporaine par la notion d’instant, perspective considérée parfois comme plus moderne que l’anecdote.   On lit parfois que la nouvelle serait écrite pour le lecteur plus nettement encore que le roman avec l’envie de produire un effet comme lorsque l’on raconte une histoire : proximité, complicité, jeu avec lecteur…   On peut aussi penser,  au contraire, que la nouvelle offre un espace de liberté formelle et de richesse fictionnelle plus large que le roman qui, bien souvent, doit s'efforcer de plaire et de ne pas trop être trop original ou dérangeant (en dehors des "visions dérangeantes autorisées"... ) pour trouver un éditeur.     Pas de définition unique, de critère, hors la longueur et même celle-ci est variable !   Reste une direction, une exigence de forme et de fond : aller au-delà de l’anecdote et trouver la forme la plus propre à faire passer « l’effet » recherché et rester centré, concentré, explorer la contrainte du texte court et ses possibilités spécifiques. Elle pose de nombreuses questions d’écriture : les notions de récit, anecdote, temporalité, enchaînement d’actions, instant, rupture, continuité, construction…  La nouvelle stimule la création de formes narratives avec des problèmes formels spécifiques, ceux de l’exploration de la fiction brève, un univers concentré nécessitant une maitrise technique.   Souvent considérée comme une excellente école d’écriture, ce qu’elle est effectivement, elle ne doit pourtant pas être réduite à un exercice préparatoire ou à une amorce de roman, même si certaines nouvelles ont ensuite été développées en ouvrages longs.    Un art de la nouvelle?  S’il existe un « art de la nouvelle », quel est-il ? -  l’art de la forme et de la construction -  l’art de dégager, d’isoler, de ciseler -  de savoir choisir et de se limiter à un sujet restreint : s’en tenir à l’essentiel, de se focaliser sur un seul fait, un instant non ramifié tandis que le roman va déplier, développer - l’art de la sobriété des moyens, mais aussi l’art du non-dit, du silence, de l’omission.   La nouvelle donne un cadre, mais dans le sens d’une possibilité, d’une contrainte stimulante et d’un espace de liberté et va permettre d’aborder le texte long ainsi que de très nombreuses questions d’écriture. Elle impose de varier les formes sinon elle tombe vite dans la monotonie du procédé, notamment dans le cadre d’un recueil.  C'est à ce prix - invention, renouvellement de la forme - que la nouvelle peut échapper au sentiment d’un "genre limité", celui notamment de "l'histoire à chute" qui contribue à le décrédibiliser.     La nouvelle aujourd’hui, un art de la composition et une zone de résitance Plus je travaille sur la nouvelle, écriture de textes, animation de stages, et plus ce genre me passionne. Il permet de pratiquer la fiction non seulement comme un art de raconter, mais un art de la composition. La nouvelle, à la fois un art du détail et un art de l'ensemble : elle doit ressembler, à la fin,  à un betit bijou parfaitement poli. Elle dépasse le "texte court" par ses enjeux et fait entrer dans la totalité des enjeux de l'écriture de la fiction.   La nouvelle met en avant la possibilité de varier la structure de la fiction, offrant ainsi une liberté formelle plus large que le roman  : choisir un point de vue particulier, une temporalité complexe, une forme ambiguë de journal intime, une construction circulaire nette… Ce qui pourrait n’apparaitre que comme des jeux formels et littéraires permet au contraire de distiller des idées, une dimension dramatique, historique, humaine tout en échappant à la simplification du personnage ou du récit chargé de les symboliser. Le sens, porté par la forme, reste ouvert à la complexité, au doute, à l’ambiguïté. Il échappe à la clôture de l’explication et de l’exemplification, le lecteur perçoit les enjeux à un autre niveau que celui de l’évidence morale ou politique. Le sens est là, il parvient au lecteur, mais comme dans la vie, non comme une réalité ferme et définitive "montrée", "expliquée", "exemplifiée", mais comme une forme sous-jacente qui fait tenir l’enchainement des choses et des actes sans en dévoiler jamais totalement le secret. C’est en cela que la nouvelle peut constituer un pôle de résistance au rouleau compresseur du roman contemporain qui véhicule trop souvent une vision sans recul et sans complexité des enjeux de notre époque. La nouvelle offre une possibilité d’expression aux voix dissidentes éprises d’aventures littéraires authentiquement libres. En effet, le cadre de la nouvelle peut permettre de se libérer des injonctions que dissimule l’apparente multiplicité de la production romanesque contemporaine : l’injonction notamment de confirmer le lecteur dans ses convictions et de correspondre à ses attentes, la liberté de ne pas, forcément, lui ressembler.   Pour conclure, il me semble que l’essentiel, pour celui qui écrit des nouvelles, est de faire sienne cette phrase de Baudelaire qui s’applique à la nouvelle, à l’art - et peut-être à la vie ?   « Plus condensé que le roman, la nouvelle jouit des bénéfices éternels de la contrainte. » et de parvenir à faire coïncider cette conviction avec la nécessaire liberté de son travail d'écriture.      {loadmoduleid 197} 
23 janvier 2026
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À la veille de la publication de mon premier recueil de textes poétiques, j’ai ressenti le besoin de mettre des mots sur le travail sous-jacent à cette part de mon écriture. Travail poétique ? Cela sonne  comme une question, une affirmation, une légère inquiétude, parfois comme un soupir. Le mot "travail" ne me gêne pas, il me convient. Travailler, retravailler comme remettre la chose à l’ouvrage, mais selon quels critères? Dans quelles directions?   Il faut partir de l’écriture. Chaque jour ou presque se laisser porter par l'élan de la sensibilité, la sensation, l'instant, une rencontre de mots, une image, une phrase puis se retrouver face au texte. Poème ? Texte poétique ? L’intitulé n’est pas définitivement fixé. "Texte poétique" élude un peu l’enjeu. "Poème" prend le risque de l’imposture. Je les emploie tous deux.   D’abord s'interroger : est-ce que ça tient debout ? Et pour cela, lire, relire, se mettre à l’écoute, percevoir ce qui "va", ce qui "coince" comme un peu de gravier dans la roue du poème. Une sorte de conscience s’est installée ; ce que je pourrais appeler un  "baromètre esthétique" s’est développé au fil des années d'écriture, d'ateliers, de recherche. Il est là, permanent, agissant comme une injonction à rester fidéle à ce que je vais tenter d’expliciter ici.   Pas de règles définitives, pas de méthode point par point, un "travail", le mot s’impose de nouveau. Il commence par la traque de ce qui sonne faux. Le faux "ambiant" d'abord, celui qui m'environne, nous environne. Le "faux" du peu, du plat, du quotidien comme seul horizon. Et pour cela, résister à la simplification, cette tentante révérence à la facilité, celle qui veut plaire. Résister aux impératifs de vitesse qui tuent la complexité, aux pressions de la  standardisation et de l'accessibilité. Résister à l’appauvrissement, à l'envahissement par les éléments de langage faussement poétiques aussi bien qu'à la langue utilitaire. Résister à la dilution du sens et de la forme. A la tyrannie du "positif", du "Care", de la consolation et de la transparence. Résister aussi à mes enthousiasmes et, pour cela, trouver la juste ligne. Ne pas se contenter de traquer les répétitions qui alourdissent. Faire la part de l'intensité et de ses débordements, la part de l'intention nécessaire et de ses excès qui risquent d’asphyxier le texte. Je taille, beaucoup, c’est ce qui coûte le plus : couper ce qui hurle trop longtemps, ce qui veut trop en dire. Couper, mais sans perdre mon cap. Contenir le surplus d’émotions, d’intensité sensorielle et conceptuelle qui me porte, mais ne pas renoncer à la densité, à la concentration parfois oppressante – comme une respiration courte qu’on refuse d’élargir artificiellement. Laisser respirer par d'autres formes de silence et d'ouverture du texte, par la mise en page aérée et travaillée, j’y reviendrai. Garder mon cap, malgré une fragilité. Transformer la fragilité en précision, en exigence formelle, en nuances, en vigilance. En liberté ! La liberté de la forme, de la recherche musicale et de l'invention langagière.   Et accepter de payer le prix de cette voie étroite. Assumer le risque de l’incompréhension, du sentiment que beaucoup ne liront pas jusqu’au bout – ou du moins pas comme je l’espère. 
C’est le prix de la liberté et de la fidélité au mouvement intérieur qui m’anime. Je l’accepte, je choisis toujours, en dernier ressort, de ne pas le trahir. Ne pas trahir l’émotion, le plaisir, l’impression de quête de justesse qui guide mon travail, cette horlogerie minuscule, mes heures passées à engrener les sons, les rythmes et les blancs sur la page. Cette aventure dans la langue, ligne par ligne, indissociable de tout le temps consacré à écrire ce recueil.Chaque mot est pesé pour son potentiel de sens, de son et d'imaginaire, chaque passage à la ligne interrogé comme une ponctuation sonore et rythmique. Chaque ligne - ses mots, ses allitérations, ses assonances, ses reprises…- sculptée comme une miniature.La langue est ma matière première, une matière sensible à travailler comme un peintre travaille la couleur ou comme un musicien ses rythmes et ses timbres. J'aime faire cela, travailler les textes poétiques comme de la musique.   Et puis mon bonheur des images ! Même si je crois pouvoir affirmer qu’il y a beaucoup de passages sans images : mots seuls, évocation simples... j'utilise beaucoup d’images et de métaphores.Exploration des sensations, de leur rencontres, de leur mélanges, de la kinesthésie, références à d’autres domaines d’expérience… tout cela renforcé par le travail sur les sons, le vocabulaire, les rythmes… les images sont pour moi les meilleurs déclencheurs d’imaginaire. Ce ne sont pas des tableaux fermés, encore moins des miroirs, des copies. Finalement, le mot "image" me semble réducteur, je n'en vois pourtant pas de meilleur.   Pour qu’elles puissent pleinement remplir ce rôle, pour que les images fonctionnent comme des propulseurs d’imaginaires, il faut leur en laisser le temps. La lecture rapide, le survol leur couperaient les ailes. Cela dépend du lecteur, évidemment, et de sa lecture, mais pour l’inciter à prendre ce temps de l’imaginaire, je mise sur la mise en page. Elle fait partie du geste poétique. Textes courts, passages à la ligne, enjambement, changement et saut de page aèrent le texte, obligent le lecteur à s’arrêter. J’invite ainsi à une lecture fragmentée, discontinue. Tourner la page, c’est laisser reposer l’œil et l’esprit sur le blanc qui suit.  Les sauts de lignes, de pages, les blancs sont mes silences.Ces silences imposés entre les pages et les lignes sont presque aussi importants que les mots : ils en permettent "le bon usage", laissent l’espace nécessaire pour que le lecteur respire. Laisse l’image travailler, descendre en lui. Le saut de page joue le rôle du cadre ou de l’espace mural autour d’un tableau, un blanc "sémantique", poétique, un espace ouvert que le lecteur peut ressentir, combler, prolonger. Chaque fragment - paragraphe, page, double page isolée de blanc-  est travaillé comme une unité visuelle, sonore et émotionnelle autonome, un espace  à habiter, un tableau qu’on peut regarder longtemps, ou quitter, reprendre plus tard. Pas une explication à suivre, pas une péripétie.   Reste les interrogations sur le sens de ce travail. Ce qui est certain, c'est que mon positionnement esthétique, malgré son champ d'application un peu dérisoire, se manifeste avec la force d'une nécessité : comme une sorte de stratégie d'adaptation à la réalité. L’élaboration poétique, cet infime, presque inaudible, travail sur le monde, marque ma volonté de ne pas le laisser totalement tel qu'il est. La condition d'un monde où je peux vivre.   Pour cela, j’explore les thèmes qui reviennent, ceux de mes liens à ce monde. Les saisons, l’eau, le vent, le schiste cévenol. Les arbres. La douleur, la solitude, la perte. La beauté, la lumière. L'amour également. L'écriture poétique ne les “raconte” pas, elle les "transforme en forme" par une alchimie de musique et de mots. C'est une autre façon de témoigner, indirecte, éprise de langage. Ainsi, mon travail poétique, reprend ce qui est venu, l'intuition, la pulsion langagière pour les structurer, les préciser, les ciseler en fragments concentrés. Les penser aussi. Car ma poésie se  pense et se critique elle-même avec un seul précepte : garder mon cap et mon regard qui porte le sensible et ne s'y réduit pas, imprime la pensée dans la forme. Un travail poétique, formel.  Existentiel aussi.Une quête de spiritualité qui s'échappe toujours, incapable de se satisfaire des formes qui lui sont proposées, mais toujours en recherche. Ne pouvant renoncer à l'évidence d'une verticalité dans un monde qui trop souvent l'écrase ou la disqualifie. Une verticalité ? Quelque chose qui traverse, pas une promesse, une quête qui ne se contente pas de l’horizontalité du monde tel qu’il va. Refuse la dilution dans l’utile, dans l’efficacité.Le poème devient alors, par le travail, par ce qu’il cherche, dans cette tension maintenue, peut-être, moins un texte qu’une manière de tenir.
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"Nous"

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    « Ma vie n'est pas une existence... – Eh bien, si tu crois que mon existence est une vie... »
    Vivre ? ou exister ? Laurent Fraga ne fera jamais les distinguos célèbres de Mme Raymonde et de Mr Edmond, loin de lui Hôtel du Nord, Le Quai des brumes, Laurent est du pays de la vachette, de la cocarde, des fêtes votives, de la pétanque sur la place centrale, mais aussi, comme la plupart de ses concitoyens, du football au stade municipal et des grandes communions sportives nationales devant la télévision.
    Laurent est d'un village où seules les habitations des notables se distinguent avec quelques attributs décoratifs empruntés à Haussmann. Quelqu'un lui aurait indiqué les moulures en corniches, les feuilles d'acanthe et autres pilastres, il aurait gentiment admis leur existence comme on jette un regard sur ce qui a toujours été là et qui laisse indifférent.
    La maison des Fraga – celle où Laurent voit le jour – réplique ce qui est construit un peu partout dans le village, ni plus ni moins : depuis la rue, une entrée immédiate qui vous plante sans préliminaire au cœur d'une cuisine ou d'une salle à manger. Côté nord, une arrière-cour afin de fuir le soleil estival, et en façade un petit balcon où s'époumonent plein sud de maigres géraniums décolorés. En somme, une maison attachée à ses contiguës comme autant de maillons solidaires.
    Il est fils de Jean-Marie Fraga, postier du village voisin et l'unique fonctionnaire d'une famille de vignerons. Le frère aîné a repris l'exploitation pour produire un vin rosé, précoce et désaltérant, à partir de cépages harcelés par le régime sévère des hivers venteux et glacés, puis des étés brûlants, sans pitié. Plus loin, les marais évaporent leurs eaux saumâtres pour laisser affleurer l'or blanc que les sauniers comme Mathieu, oncle du côté maternel, récoltent avec fierté. Ici, les soirs d'été, dans ce territoire qui annonce la Camargue, exhalent les senteurs de la saumure croupie des roubines et des pins résineux tordus par le mistral. Aux âges encore à un chiffre, il ignore jouir d'une liberté et d'une insouciance propres à sa génération, du temps d'avant les connexions informatiques avec les bruits et les fureurs du monde. Guerres lointaines, catastrophes, attentats... Soucis d'adultes, tout cela : « Qu'est ce que tu fiches avec les grandes personnes ?! File t'amuser ! Allez, ouste ! ». Sommation reçue cinq sur cinq par Laurent et ses copains qui tous aspirent à un peu de sauvagerie. Cela fait une enfance dulcifiée, choyée, préservée des drames. Le quotidien mis bout à bout ferait un patchwork uniforme, il est vrai, mais les aléas des saisons, les fêtes du calendrier, les mille bruissements de la vie d'un village suffisent pour créer un peu de relief ; les gens du coin aspirent ni aux intrigues ni aux coups de théâtre.  Seule ombre au tableau : la scolarité du fils Fraga.

     Maintenant âgé de quinze ans, il est temps de regarder la réalité en face, l'eau a assez coulé sous les ponts, ou dans les marais salants. Un conseil de famille tout en bienveillance décide de mettre un terme aux études laborieuses et mortifères de ce gentil garçon. École, collège sont autant d'entraves à ses besoins de galops libres. À quoi peuvent servir tous les savoirs que ces institutions s'obstinent à lui faire ingurgiter ? Mathématiques, sciences, littérature... Et quoi d'autres ? Jusqu'aux langues étrangères, alors que son occitan approximatif lui suffit pour briller en bonne compagnie de temps en temps. Laurent en sait suffisamment pour se débrouiller seul dorénavant. D'ailleurs, seul il ne l'est pas et ne le sera jamais, c'est une certitude inscrite dans sa chair, de plus, il n'est pas de la race des conquistadors, alors pourquoi s'interroger sur un monde qu'on n'a pas sous les yeux, à portée de mains ? Sa curiosité reste alentour : le village voisin, la côte proche... À quoi bon la Géographie, l'Histoire, la vie des Grands-Hommes – tout cela en majuscules – alors que son futur, depuis la naissance, est engagé dans un terroir comme un soc au départ du sillon. Sa géographie est limitée au sud par le Grau-du-Roi où la grande barque familiale attend qu'on vienne la libérer, le week-end, dès les beaux jours. D'est en ouest son pays est fait de plats et de collines le long de la méditerranée, celle de la côte sableuse et monotone qui démarre à Port-Saint-louis-du-Rhône puis court jusqu'à Argelès-sur-Mer. Ce sont des terres languedociennes et roussillonnaises, encore un peu sauvages.
    Plus haut, il y a l'Ardèche. La cousine Nathalie est tombée amoureuse d'un gars d'Aubenas, alors elle est allée vivre dans son pays à lui et leur rendre visite est une aventure pour les Fraga. Montpellier, Avignon, Laurent connaît. Entendons-nous : il pourrait s'y perdre, sa connaissance est celle du chaland occasionnel qui se déplace par nécessité et non par curiosité.
    L'histoire collective que l'éducation nationale voudrait lui enseigner, celle des manuels scolaires, est avant tout personnelle. Il faut l'entendre rappeler avec fierté les courses camarguaises du papé Félix Mancioli dans les arènes du village, prince des raseteurs années cinquante, recordman des couper et des lever de cocardes, de glands et de ficelles... Les trophées en bronze doré scintillent dans toutes les pièces de la maison Mancioli. Vers douze ou treize ans Laurent s'est un peu frotté aux taureaux cocardiers – que l'on préfère appeler biòus, question de folklore –, mais cela fait beaucoup de sueur, de douleurs, et Laurent n'est pas casse-cou. Voilà tout.
    Autre figure de son histoire : tatie Clémence qui a ouvert sa mercerie en 1962. Laurent aime raconter son parcours avec un petit mouvement du menton qui pourrait passer pour l'affirmation d'une conscience politique. « Elle n'a pas pu avoir un compte à la banque sans la signature de son mari, l'oncle Bertrand. Tu vois l'affaire ? À l'époque ? » Derrière l'indignation il y a surtout la fierté d'appartenir à une branche maternelle aux forts tempéraments. «Tatie, rien ne l'aurait arrêtée ! » C'était l'opinion généralement admise par tous jusqu'à ce que le contexte économique, les grandes surfaces, les choses qu'on jette puisqu'on ne répare plus, interrompent les ambitions de Clémence. Aujourd'hui, à la place de sa boutique on trouve la pharmacie Blaquier.
    « Le fric qu'ils se font ceux-là !! »
    Les grands-hommes célébrés par la nation ont des profils trop flous pour Laurent. Chez lui l'admiration a besoin de la proximité du sang, du cœur. Ainsi ses héros appartiennent à sa lignée, ou bien au village, comme Étienne Noguier, le patron du Grand-Café installé sur la place principale en face d'une arène bricolée avec des gradins métalliques et une vilaine palissade de bois brut – Entre parenthèse : l'édifice nourrit la chronique d'un petit scandale municipal car le provisoire est devenu définitif avec ses marques d'usure et de négligence. C'est cet homme qui propose à Laurent de monter à bord de sa brasserie le temps d'un été. Il a remarqué que le jeune Fraga aime se rendre utile, sans qu'on lui demande, en servant avec soins quelques assiettes préparées par Mme Noguier-mère, ou en regroupant chaises et tables à la fin de la journée. Alors, du haut de ses quinze ans, Laurent ne se fait pas prier et court vers le poste qui lui est offert, d'autant qu'il n'a pas à disputer la place avec le fils du patron, lui, le Grand-Café il s'en fiche, il vise le baccalauréat.
    « Té ! tant qu'il peut étudier, nous, on le laisse faire. S'il se trouve un métier qui lui fait gagner des sous, plus qu'avé le bar, on n'est pas contre. »
    La proposition d'Étienne est accueillie comme la main de la providence qui ouvre grand une porte de sortie, une opportunité d'évasion après quasi dix années d'emprisonnement scolaire. Le mot n'est pas trop fort. Reléguer loin derrière lui les heures d'immobilité vertigineuse face au tableau noir, les odeurs crasses des préaux et des vestiaires collectifs, et se rappeler seulement les précieux moments de haltes dans le commerce d'Étienne, instants volés sur le chemin de l'école, souvenirs des ballots de sciure jaune que le cafetier faisait livrer, énormes colis qu'il voyait transportés à bout de bras sans effort apparent. Un jour, il tentera lui-même la levée et il s'apercevra alors que c'était beaucoup plus gros que lourd. Déception et franche rigolade – « Qu'est-ce que tu croyais ? Ça a l'air de peser une tonne mais ça ne fait que 25 kg ! » Kilo de plomb ou kilo de plumes, quel est le plus lourd ? Les notions élémentaires pénètrent mieux l'esprit lorsqu'elles passent par les bras. Ravissement du jeune garçon devant le spectacle des copeaux résineux jetés sur le sol, mêlant leur parfum aux anis entêtants du Ricard ou du Casanis. Éblouissement face à l'alignement, comme à la parade, des bouteilles d'alcools multicolores derrière Étienne, capitaine souverain aux commandes des pompes à bières : trois poignées en céramique blanche qui puisent dans leurs barriques respectives la blonde, la brune ou l'ambrée. Dés le seuil franchi, les senteurs puissantes des cafés brûlants dans leurs tasses épaisses vertes et blanches, le sifflement des percolateurs en sirènes de paquebots... Bref, le Grand-Café pareil à une extraordinaire machinerie faite de sensations, de parfums, de saveurs inoubliables. Et de majesté !
    Aqui, sian pa bèn?!
C'est une phrase que notre héros aime à répéter, comme une ponctuation, particulièrement quand il s'adresse aux touristes qui depuis quelques années s'arrêtent au village avec l'espoir d'une touche de folklore local. Alors Laurent met en avant son tempérament de cabotin assumé et il fait le malin, debout sur la petite estrade, derrière le comptoir, la tentation est forte d'accentuer les syllabes, de jouer l'emphase méridionale, jusqu'à la caricature. Mistral ou Baroncelli ne seraient pas fiers mais qu'importe. Le succès du petit numéro doit aussi à son charme. Ici, les gars sont beaux. Jusqu'à vingt ans, vingt-cinq ans tout au plus, après ils empâtent. Beaux, cela veut dire bruns de toison et de pupille, que le sourire étincelle sous des lèvres rougies comme après la morsure dans une viande crue – hé oui, nous sommes au pays des corridas saignantes. Ces jeunes mâles ne sont pas bien grands, même s'ils dépassent leurs aînés d'une tête – victoire d'une génération richement nourrie dans un pays en paix depuis longtemps. Les filles, quant à elles, ont une façon presque effrontée de fixer dans les yeux qui semble dire : « Regarde moi puisque je suis belle, mais pas touche ! » Elles appartiennent à leur père et à leurs frères, c'est leur nom qu'elles portent jusqu'au mariage, alors pas question de déshonorer en allant se coucher auprès du premier venu, même s'il est du village. l'Italie et l'Espagne machistes des aïeux circulent encore un peu sous la peau de cette jeunesse.
    Bien que morveux, comme aime à le rappeler son père avec tendresse, au moment de recevoir sa rémunération, une sensation de verticalité dans les muscles lui fait rejoindre le monde des adultes. Première rétribution après un mois de labeur : service au bar, assiettes chaudes le midi, nettoyage à la serpillière, sourires, blagues... Tiens, lui dit Étienne en tendant une enveloppe dans un geste qui inaugure un engagement, une habitude. Laurent en extrait le chèque qu'il plie soigneusement avant de le glisser dans la poche intérieure de son blouson, un sourire de félicité sur les lèvres. Comme il suffit d'un verre d'eau pour amorcer une pompe, le jeune homme sait que d'autres suivront et qu'ils seront les garants d'une indépendance attendue impatiemment. De retour chez lui Laurent brandit fièrement son salaire, puis il ressort fêter l'événement avec Pascal, Jojo et son frère Simon. Ils ont grandi ensemble et tout partagé : bobos, fêtes arrosées, les étapes importantes de la vie ; comme l'ouverture d'un compte en banque auprès du Crédit Agricole.

    Encore une année de patience et Laurent aura atteint la limite de sa scolarité. Pour endiguer son impatience il revient régulièrement donner un coup de main à Thierry, les jours de fêtes, les grands week-ends votifs qui mobilisent tout le village. La joie de servir et d'encaisser les Papés et les Mamés qui l'ont toujours connu ; les commerçants venus dépenser un peu d'argent ; l'équipe municipale ; le maire Benjamin Ariste – celui-ci ne survivra probablement pas aux prochaines élections (toujours cette histoire de provisoire et de définitif). Mais attention ! quand on travaille dans un café, LE café du village, on ne fait pas de politique, comme ils disent, alors qu'ils ne font que cela, forcément, le patron a tout intérêt à entretenir de bonnes relations avec la mairie, on n'est jamais à l'abri d'une requête à déposer : extension de terrasse, horaires d'ouverture et de fermeture... Mais hors question de faire des courbettes, aussi bien le commerçant que l'élu, chacun est conscient de ce qu'il doit à l'autre, tout comme le village sait l'importance d'un Grand-Café car c'est l'endroit où on se montre, on se parle, on s'écoute, le lieu des rendez-vous, des tope là et des rencontres utiles. Laurent a compris tout cela très tôt, c'est ce théâtre permanent qui le fait rêver et qu'il veut rejoindre.
    Est-ce dans ce haut-lieu que Matilda et Laurent se rencontrent ? Il a vingt ans, elle dix-huit, là dessus ils sont d'accord, mais pour le reste... Matilda affirme qu'ils se seraient vus chez des cousins à lui, côté maternel, durant la fête de la musique, qu'ils se seraient un peu pris le bec parce qu'il aurait bu – pas énormément mais un peu trop tout de même –, et qu'il aurait blagué lourdement à propos de sa robe soit disant trop courte comme s'ils se connaissaient de longue date etc, etc. Alors qu'ils se voyaient pour la première fois. Laurent, lui, se souvient d'un samedi après-midi à la terrasse du Grand-Café. Le permis de conduire obtenu la veille, Matilda aurait rejoint son amie Laurie, pour la première fois seule au volant, très fière dans la Renault Clio blanche prêtée par l'oncle. Même qu'elle n'était jamais venue jusqu'ici alors qu'elle habitait le village d'à côté distant de vingt-deux kilomètres. Ce sera leur seul point de désaccord pour toutes les années à venir
    Elle est une fille unique de quatre ans, fragile et timorée, lorsque ses parents divorcent. Échaudée par ce naufrage, il lui faut du temps pour être convaincue que les Fraga, eux, ont le sens des responsabilités comme valeur cardinale. Laurent a une vision claire de ce qu'il veut et de ce qu'il ne veut pas. Pas facile à croire quand on a grandi sur du sable mouvant. Il lui dit : «Pas question d'une vie de quatre pattes, si on se marie c'est pour toujours, avoir des enfants, acheter sa maison, être tranquille et...» Quoi d'autre ? Quoi ?... Non, vraiment, il ne voit pas ce qu'on peut demander de plus. Et puis d'abord la vie on se la fait ! Credo fort rassurant pour Matilda qui a vu ses parents – deux jeunes adultes mal construits –, passer leur temps à se reprocher des responsabilités mesquines de la vie quotidienne. Concluante illustration par l'exemple que l'amateur d'embrouilles finit toujours par en avoir. Cet aphorisme cher à Laurent justifie sa volonté de fréquenter la belle-famille le moins souvent possible. Promesse tenue, comme toutes celles qu'il fait.

   Et c'est le temps qui court, qui court... Il l'a écouté jusqu'à usure du disque ce tube des années soixante-dix, une adaptation d'un prélude de Chopin – cela il l'ignore –, une version disco par Donna Summer, puis celle d'Alain Chamfort:
...Parce que le temps qui court, court, change les plaisirs;
Et que le manque d'amour nous fait vieillir.
À l'heure qu'il est, mes voitures de plastique
Sont devenues vraies depuis longtemps
Et finalement, les affaires et l'argent
Ont remplacé mes jouets d'avant...

    Des paroles et une mélodie pour ses rares moments de mélancolie, quand arrive l'hiver, que les clients se dispersent et qu'il y a moins à faire. Laurent a compris depuis longtemps que le verbe faire est le meilleur remède au spleen.
    Le temps qui court, court
et fait naître quelques changements dans l'équipage du Grand-Café. D'autres visages sont arrivés, comme celui de Patricia la jeune fille qui sert les clients attablés en terrasse, et puis celui de Sébastien le jeune homme à l'œuvre derrière le comptoir. Ils ont une vingtaine d'années, Laurent a trente ans. Les deux recrues le nomment patron, puisque plus personne ne l'appelle par son prénom, et à chaque fois il bombe le torse et ses yeux brillent encore d'avantage. Il discute avec un client près de la porte d'entrée, il rit, parle fort, tout en regardant à droite de la rue, puis à gauche, comme s'il guettait quelque chose ou quelqu'un, peut être les deux. Un camion arrive et stationne devant la brasserie. Il surveille sans relâche le déchargement des barriques de bière et de soda. Un coup d'œil à la Rollex de son poignet ; Matilda ne va pas tarder à arriver de l'école avec leurs deux enfants ; sept et cinq ans. À peine descendus de voiture, voilà qu'ils galopent entre les tables et les clients de midi, s'approchent dangereusement de la terrasse et alors il faut donner de la voix : « Sacha ! Anaïs ! » Chaque jour le même manège, tant et si bien que personne au village ignore leurs prénoms : « Papa a interdit la terrasse, à cause des voitures ! » Deux êtres supplémentaires à son Nous ; Nous la famille, Nous les gens d'ici... Le Grand-Café est la scène de sa réussite, de son bonheur : ballet de Matilda courant derrière ses petits, éclats de voix de Laurent sur tous les tons – lorsque ce ne sont pas les clients –, avec des points d'exclamation, des apostrophes, des guillemets pour déguiser la fierté et l'amour paternel sans trop les dévoiler. Comme tous ceux de leur âge, bientôt les péquélés auront leurs téléphones portables, modèles juniors. Laurent n'a jamais cherché à se distinguer de ses semblables, il ne va pas commencer maintenant, et puis il s'en passe des drôles un peu partout : des agressions sexuelles, des bombes dans les écoles...
    Parmi les habitués, les anciens ne viennent plus, le village les enterre gentiment et devant le malheur des autres Laurent croise les doigts, le majeur sur l'index, puis caresse la petite croix camarguaise en argent qu'il ne retire jamais de son cou ; deux précautions valent mieux qu'une. Au fil du temps une génération disparaît pendant qu'une autre arrive. Ce sont souvent des inconnus, mais aussi des enfants du pays venus s'installer dans une maison reçue en héritage et que Laurent est heureux de retrouver. Une nouvelle population qui fait du village une cité dortoir. Le platane, Dieu merci, est immuable avec sa cigale stridulante. Un jour, un client de passage dit qu'il en existe un peu partout dans le monde, qu'il en a entendues au sud de la chine et aussi en Australie. Cet insecte ne serait pas l'emblème exclusif de son sud, le porte-voix de son identité méditerranéenne ? Déçu, mais vite consolé, cette réalité trop exotique ne peut menacer l'univers de Laurent.
    Depuis plusieurs années des rénovations, ou des reconstructions, fleurissent dans les ruelles, chacun y va de ses savoir-faire, de son temps libre, grâce à Castorama, Brico Dépôt et autres supermarchés du bâtiment qui ne manquent pas autour du village, faire soi-même coûte moins cher que de s'en remettre à un professionnel. Laurent sait tout cela par cœur, depuis le Grand-Café il suit les chantiers des uns et des autres avec intérêt, et avec inquiétude quand il s'agit des petits commerces qui laissent leur place aux grandes enseignes. Le café, lui, résiste. Jusqu'à quand ? Vaste sujet de conversation quotidien autour d'une 1664, d'une Leffe, d'un pastis. Qu'importe, le grand Fraga devenu bedonnant, à l'image du petit à mine grise sur les bancs de l'école, continue d'avancer avec la force du Nous qui fait de lui, depuis toujours, un imperturbable.

    C'est une fin d'automne propre à un pays exubérant. Après les pluies violentes qui récurent la campagne, voici le retour d'un ciel bleu que la nuit grignote chaque jour davantage. Pour Laurent, cela pourrait être le temps de regretter un été qui n'est définitivement plus, l'occasion aussi de fredonner sa petite chanson, mais point de nostalgie car Noël est en ligne de mire du bouquet final de son année de labeur, de la célébration de son bonheur, du point d'orgue de son Nous, le tout guirlandé et poudré d'or comme la grande crèche installée au fond du café.
    Encore une semaine à attendre, impatiemment.
    Les habitués – trois ou quatre, guère plus – se lèvent de la table qu'ils occupent pour le déjeuner et se dirigent vers le fracas, le bruit d'une chute venu de l'arrière salle. Une femme d'environ soixante ans en sort, titubante, une main sur le front, une autre contre le ventre. C'est Matilda. Des bras amis la soutiennent pendant que d'autres continuent à guetter au-delà, derrière elle. Nathalie, la cousine revenue au pays depuis son divorce, réapparaît de la pièce obscure le visage blême, elle fait des gestes des deux mains qui semblent dire la fin de quelque chose. Certains comprennent qu'il s'agit du patron, effondré là, au milieu de son stock, pour toujours.
    Même ceux qui n'entrent jamais dans le Grand-Café et qui regardent de loin la foule massée sur le parvis de l'église se retrouvent solidaires, presque malgré eux, d'une communauté affligée. Sacha et Anaïs, deux jeunes adultes près de Matilda, tous trois enveloppés par le murmure des consolations. S'il y avait une caméra pour saisir ces instants elle s'éloignerait maintenant et ferait entrer dans le cadre un ciel azurin, sans tâche, au-dessus du village immobile.

    Vie ? Existence ? La réponse était dans les yeux de Laurent. Revenir en arrière, s'approcher plus près, voir briller entre les cils la fierté du travail accompli chaque jour. Noter la démarche et les gestes mille fois répétés, le port de tête, un peu d'arrogance. Laurent c'était un village, une brasserie, une famille, un être qui a vu le jour et qui a grandi au bon endroit, au bon moment, avec les bonnes personnes. Un Nous, toute une existence.
Toute une vie.









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