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Textes écrits par des participants à mes ateliers et à mes stages d'écriture, manifestations littéraires, concours... 

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Isabelle P.
05 novembre 2026
Textes d'ateliers

C'était la première fois que j'entrais dans un musée.Un petit musée de rien du tout. Dans une ville dont je ne me souviens même plus le nom. Nous nous étions arrêtés au hasard de notre périple de jeunes baroudeurs en vacances. Ça sentait le vieux bois ciré, la poussière vert-de-gris e...

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Invité - Manon
6 octobre 2026
La dose de curiosité frustrée après la lecture confirme que c'est un bon incipit
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21 septembre 2026
Quel joli voyage. Et si vrai sur la fin quand on aborde les agglomérations après avoir déa...

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04 November 2026
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À l’occasion de la préparation du recueil des éditions de l'HAR intitulé l'HAR du faux, je me suis trouvée plongée dans l’écriture du faux. Qu’est-ce donc qu’écrire le faux ? Comment l’aborder ? Quelles sont les grandes alternatives qui s’offrent à l’auteur qui souhaite explorer ce thème ? J’ai pu rapidement distinguer deux catégories de textes sur le faux : ceux qui racontent l’introduction du faux dans le réel (vie de faussaire, de mythomane, récit d’escroquerie…) et puis une seconde forme plus subtile ou plutôt plus radicale, celle dans laquelle le texte lui-même est un faux. Il ne se présente plus comme une fiction, mais comme un pan de réalité qu’il fausse, déforme, renverse. Ainsi, les nouvelles de ce recueil serontclassées selon ce critère. D’abord les récits « d’usages de faux » dans la vie réelle et puis les écrits de faussaires. Qu’elles soient de l’un ou de l’autre type de rapport au faux, cette fréquentation assidue du faux, m’a rapidement amenée à la conviction qu’il existait une sorte de résonance, une affinité particulière entre ce que l’on pourrait désigner par l’expression l’art du faux et la nouvelle qu’elle soit classique ou pas. Écrire une nouvelle avec pour thème le faux et son usage serait ainsi comme pratiquer l’art de la nouvelle au carré o - pour utiliser une terminologie plus précise - une sorte de mise en abime du faux. En effet, depuis son origine, le genre « nouvelle » semble jouer avec le faux. Il s’est souvent présenté sous des habits trompeurs : fausse chronique, faux manuscrit retrouvé, fausse lettre, faux témoignage, autant de dispositifs qui visent à faire de la nouvelle un document authentique pour mieux susciter la croyance du lecteur en sa véracité. La brièveté elle-même crée l’impression d’histoire vraie : la nouvelle passe pour un fragment, une confidence, un partage. Le roman, avec ses ramifications et ses péripéties, s’y prête moins : son lecteur sait, le plus souvent, et sans ambiguïté qu’il est dans la fiction - je ne tiens pas compte ici de l'autofiction. Dans une nouvelle réussie, au contraire, le lecteur ne se laisse pas seulement happer par l’histoire : il y croit. Maupassant excelle à donner l’impression de raconter un fait authentique ; l’art de la nouvelle est un art de l’artifice convaincant. Il repose aussi sur l’ellipse. Une nouvelle ne dit pas tout ; forcément lacunaire, elle laisse des blancs que le lecteur comble lui-même, comme devant un faux document ou un fragment retrouvé : quelques éléments sont donnés, et l’esprit reconstruit le reste. Un personnage tient en trois gestes, un mariage en une phrase, une enfance dans un objet. Le lecteur accepte de percevoir une construction extrêmement artificielle pour un fragment de réalité. L’art du faux n’est plus ici le thème de la nouvelle, mais sa condition de possibilité. Dans cette reconstitution, ce qui paraît évident peut être incertain, ce qui semble réel peut être imaginé. Le faux n’est plus une simple tromperie, mais une zone d’ambiguïté entre le vrai et l’inventé. Le suspense ne porte plus sur ce qui va se produire, mais sur la vérité elle-même : Qu’est-ce qui est vrai dans cette histoire ? Ce doute atteint son maximum d’intensité dans la nouvelle fantastique, définie par l’hésitation — chère à Todorov — que Maupassant mène jusqu’au bout dans Le Horla. Va-t-il y avoir une explication rationnelle ou sommes-nous hors des catégories habituelles de la pensée ? Et que dire du narrateur qui semble dire « Voilà ce qui est arrivé », mais dont la parole peut être incomplète, mensongère ou reconstruite ? Le narrateur dans la nouvelle est souvent un faussaire — au moins par omission bien calculée.La réussite du faux et de l’imposture dépendent des détails. Il en est de même dans la nouvelle qui dispose de peu d’espace — chaque mot y pèse bien plus lourd que dans un roman. Dans les nouvelles à chute plus particulièrement, ces détails sont choisis parce qu’ils sont, en quelque sorte, trompeurs : quelques traits véridiques suffiront à faire croire à l’ensemble, comme dans la contrefaçon, le trompe-l’œil ou le pastiche. Le détail qui garantissait la vérité se révèle, à la fin, être précisément le faux. Quand le lecteur, placé en position de dupe, découvre en même temps que l’héroïne de La Parure, que lecollier était un faux : il est saisi par l’effroi d’une vie de privation soudain réduite à une terrible méprise. L’auteur ne ment pas, il oriente le regard, choisit ce qu’il montre et ce qu’il cache. La chute agit alors comme un tour d’illusionniste bien préparé. D’autres nouvelles refusent ce coup de théâtre qu'est la "chute"  : s’agirait-il là de la recherche d’une authentique transparence ? Non, c’est une autre façon de tricher : les faits y recèlent plusieurs vérités, les interprétations sont multiples, la réalité se fait opaque, insaisissable comme lorsqu’un faussaire est si habile qu’il trouble les repères et les certitudes.Ainsi la structure même du genre (économie, chute, unité d’effet) reproduit le mécanisme du dévoilement d’une tromperie. La nouvelle crée, avec peu de moyens, une illusion de vérité ; elle joue sur l’incertitude entre réel et imaginaire, entre vérité et simulacre, faisant du lecteur le complice d’une croyance provisoire ou le jetant dans le doute. Toute nouvelle est, d’une certaine manière, un faux document : elle présente comme vraisemblables des êtres qui n’existent pas, des paroles jamais prononcées, des souvenirs inventés. Et c’est peut-être là une définition possible, au-delà de la nouvelle, de la littérature tout entière : non pas dire le vrai, mais inventer un faux capable de permettre au lecteur de saisir une vérité humaine. C’est le paradoxe que Borges avait compris, et que les textes qui composent ce recueil mettent en œuvre : « le faux peut révéler le vrai. »                                 Sylvie R. B. Si vous souhaitez approfondir et metttre en pratique les thèmes de ce  blog :     {module id="105"}                                                                                                                                                                                                       {loadmoduleid 197} 
19 October 2026
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« Toute œuvre se situe au confluent d’une réalité perçue, d’un sentiment et d’une énergie à rendre sur la toile. » George Perec « Il me manque une concordance des mots avec la minute de mes états. » Antonin Artaud, Le Pèse-nerfs.   Enjeux contemporains du monolgue intérieur Les expressions de "flux" ou de "courant de conscience" ont laissé place  au « monologue intérieur » (MI), appellation la plus courante actuellement. En explorant la construction et les usages du flux de conscience, nous avions découvert sa dimension  paradoxale : c'est une écriture qui tente de revêtir l’innocence originelle d’une parole et même de l'état de la pensée et de la perception qui précèderait la parole, nous allons examiner quelques-unes des directions que cette technique a prises depuis une trentaine d’années au travers du MI. Du point de vue de la forme, le MI ne revêt plus - ou rarement -  la forme de logorrhée sans construction ni répères qui caractérisait les premières expérimentations sur le flux de conscience. Dépassant la transparence naïve d’une conscience parlée qui marquait le roman de Dujardin, le monologue contemporain s’impose comme une source d’expérimentations narratives souvent paradoxales : dédoublement du personnage, expression d'un aliénation sociale ou encore d'un sentiment collectif.  Le MI contemporain est aussi le support d’expériences stylistiques notamment celle de la recherche de l’oralité tendance importante dans la littérature contemporaine. Sa spontanéité décousue permettrait l’accès à la réalité brute de la “vie”. Il parait plus proche de la « voix », moins formel et plus intérieur, il est plus incarné que le flux de conscience. Même s’il inclut une dimension de présence extérieure d’objets ou d’autres personnages, le MI cherche surtout à restituer la vie intérieure d’un personnage. La technique du MI est l’une des formes qui vont le plus loin dans cette possibilité que seule la fiction nous offre : l’accès à l’univers mental d’un autre.  Dans les romans contemporains qui ne font pas appel au narrateur, c’est aux personnages que revient la tâche de rendre compte des choses qui « s’accomplissent dans leur âme ».  À travers le monologue intérieur, l'on peut affirmer que Joyce notamment, a ouvert le chemin à ce que l'on nomme la « transparence intérieure » et aux « poétiques de la voix. » Il est important de noter que cette quête de l’intériorité, cette envie d’introspection semble répondre au solipsisme croissant de l’individu contemporain écartelé entre l’omniprésence de supports de communication et la fragilité et la rareté d’une communication « authentique ». L’écriture au plus proche d’une « voix » ne correspond-elle pas à l’envie de revenir à une dimension humaine, celle de l’intime, du « for intérieur » comme un bastion à défendre face aux incursions médiatiques et sociales ? Les MI contemporains peuvent aussi être le lieu d’expression de tensions sociales ou plus exactement des tensions entre l’intime et le social. Ainsi chez François Bon le « il » est un « je » qui devient universel par son asservissement au travail mécanisé.  Il a "quelque chose à voir » avec l’intériorité de l’homme contemporain, instable, soumis à un flux d’informations et d’agitations. Autre terme à connaître : le style indirect libre. Il recouvre des usages littéraires complexes et variés que l’on peut résumer comme une manière de rapporter les paroles des personnages en les insérant directement dans le récit, c’est-à-dire sans indication, sans verbe introductif (il dit que…), sans tiret, ni  guillemets. Inséré dans un MI, le style indirect libre transpose librement, concentre, délite… les paroles intérieures supposées. Il laisse la place à de nombreuses  possibilités d'approches stylistiques. J'y reviendrai. Le MI est l'une des voies qui a permis de se libérer du narrateur omniscient, de traiter les  personnages, non plusen les observant en situation, dans leur rapports avec leur milieu et avec la société, mais dans leur conscience intime, de s'intéresser aux pensées qui leur passent par la tête, aux impressions qu'ils ressentent, sans que celles-ci soient  régies par un principe de chronologie ou de cohérence. C'est pour cela que le  MI a été  l’une des constantes du Nouveau Roman, on le retrouve abondamment chez Robbe-Grillet, Duras, Sarraute, Butor… Il  devient l'un des grands outils du roman de la deuxième partie du XXe  aussi bien chez des auteurs comme Albert Cohen dans Belle du Seigneur ou le monologue traique de l'Etranger de Camus. Le MI permet de développer une écriture de l’intériorité aussi bien qu’une écriture totalement dans le présent et non explicative. Il permet aussi d'échapper au pur instant, de développer une pensée, de revenir sur l'expérience vécue au travers de la pensée du personnage comme dans le Journal d'un curé de campagne, l'œuvre mystique et puissante de Georges Bernanos de 1936. Bernanos, au travers d'un journal intime, le lecteur a accès non seulement à une restitution d'expérience, mais découvre de façon directe les pensées du prêtre sur des thèmes comme la pauvreté, le suicide, la prière, la douleur, l'injustice ou la mort... Caractère hybride, fulgurance et instabilité manqueraient aux styles et aux formes de fiction plus « classiques » ainsi, pour Serge Doubrovsky, le premier à utilser l'expression d'autofiction : « … le mouvement et le geste même de la scription sont la seule inscription de soi possible. La vraie “trace”, indélébile et arbitraire, entièrement fabriquée et authentiquement fidèle. »  Chez Arno Schmidt, un style expérimental mène le processus à la limite (et même à la limite de l'incompréhensible ! ) "Frein-pédale : (qui couine quand je m’arrête ; je m’en vais te huiler demain). Par précaution je braquai le canon de ma carabine sur l’épave crasseuse : épaisse couche de poussière sur les vitres ; je dus taper dessus avec la crosse pour que la portière s’ouvre un peu.Ma vie ? ! ; n’est pas un continuum ! (pas seulement qu’elle se présente en segments blancs et noirs, fragmentés par l’alternance jour, nuit ! Car même de jour, chez moi, c’est pas le même qui va à la gare ; qui fait ses heures de bureau ; qui bouquine ; arpente la lande ; copule ; bavarde ; écrit ; polypenseur ; tiroirs qui dégringolent éparpillant leur contenu ; qui court ; fume ; défèque ; écoute la radio ; qui dit "monsieur le Sous-préfet" : that’s me !) : un plein plateau de snapshots brillant." Scènes de la vie d'un faune Autre auteur ayant exploré un type original de MI : l’Autrichien Thomas Bernhard. Voici quelques exemples d’auteurs et de livres qui ont, de façon diverses, expérimentés  les voix du monologue intérieur:  Proust, Aragon, Faulkner, Virginia Woolf - Miss Dalloway, Jack Kerouac - Sur la route, Thomas bernard - le Naufragé, au théâtre,Koltès - La nuit juste avant les forêtsAlain Robbe-Grillet- La jalousie,  François Bon - Sortie d’usine  Plus récemment, voici des exemples pris chez Laurent Mauvigner   : Je me souviens de ma main dans ses cheveux. Du brancard roulant jusqu’à l’escalier et des graviers qui s’écrasaient sous les roues, sous son poids à lui qui pilait plus encore les petits cailloux. Et moi, moi qui tournais autour d’eux, comme le chien à mes chevilles reniflait, moi, demandant s’il fallait de l’aide, s’il fallait que je porte un peu aussi. Mais non, il n’y avait pas la place et je les ai regardés faire, soulever le brancard pour que les roulettes ne soient pas retenues, qu’elles ne se cognent pas aux angles des marches et je me souviens, pendant tout ce temps, des roulettes qui tournaient dans le vide, au-dessus des marches de ciment, de la voix de celui qui voulait aller lentement, des visages tendus des deux hommes qui soulevaient le tout, des blouses ouvertes, des jeans au bas des blouses, des tennis aux pieds, des efforts de leurs bras. Qu’ils ont refusé les verres d’eau. De lui, couché sur son brancard au milieu du couloir dans l’entrée. Du visage qu’il a tourné vers la porte de la cuisine et d’eux, qui sont sortis de la cuisine, lentement, les gestes méfiants, eux, Philippe et Renaud, qui se sont approchés de lui. De son sourire qui a dessiné le visage d’une façon bizarre, avec les rides de fatigue et ses yeux, ses yeux qui ont brillé, que j’ai vus brillants et brouillés à ce moment de répondre quand ils se sont l’un après l’autre penchés vers lui pour l’embrasser. Quand l’un après l’autre ils ont murmuré bonjour. Et lui leur disant bonjour aussi, dans un souffle, comme entre les dents, avec l’effort qu’il fallait pour dépasser le murmure. Depuis la veille, la précipitation à tout faire : ouvrir en grand les fenêtres, envahir d’air l’espace de la maison, lessiver les draps, laver un pyjama, balayer dans les recoins, épousseter, traquer les poussières et puis aussi lui installer une chambre rien que pour lui, parce que j’avais pensé qu’il faudrait une chambre rien que pour lui et avec Philippe on avait décidé que ce serait la sienne, que lui rejoindrait celle de Renaud. On a changé les draps du lit. On a tout ouvert en grand et on a laissé ouvert…" "Les blouses pas fermées qui s’ouvraient sous leurs mouvements, l’ambulance qu’ils avaient garée devant la grille, le bruit de la porte arrière et du brancard, les bruits de fer des portes, des pièces métalliques du brancard sur le bitume devant la maison et enfin je suis sortie, moi qui regardais tout ça de la fenêtre, qui attendais de voir ça depuis la veille, depuis qu’on m’avait dit qu’il rentrerait cet après-midi, avec dans mon cœur tout ce sang qui ne savait plus son rythme, qui cognait dans les artères. Et dans les veines ça tapait, sous le crâne ça tapait, le sang. Et moi je suis sortie, le cœur, mon cœur qui, je suis sortie et j’ai descendu les marches, lentement, doucement, en voulant être calme, si calme et je n’ai pas regardé vers lui, j’ai retenu mon souffle, mon regard, rappelant mes yeux et puis le chien qui traînait dans mes pattes – le petit chien blanc aux poils presque jaunes par endroits, sur la tête – le chien qui frétillait et trépignait dans le gravier, qui a même oublié de profiter que la grille soit ouverte pour essayer, comme il passait son temps à faire, d’aller voir ailleurs (et c’était souvent l’école de Renaud, l’école…"  Laurent Mauvignier - Apprendre à finir Un autre exemple de cette intensité particulière que peut restituer le MI, ici plus proche des pensées et de la conscience du personnage. "Il se rappelait de ce qu’il ne reverra plus parce que les vigiles l’ont débarrassé de voir et d’entendre et d’espérer aussi, l’espoir qui l’aura tenu jusqu’à l’instant ultime, j’en suis sûr, ça ne peut pas être autrement, quand c’était au bord de la fin, touchant déjà la fin, y glissant je crois, quand la vie s’en allait alors qu’il pensait encore ils vont arrêter de frapper, je vais retrouver mon souffle, ça ne peut pas finir ici, pas maintenant et pourtant il ne pouvait plus respirer ni sentir son corps ni rien entendre, ni voir non plus et il espérait malgré tout, quelque chose en lui répétant, la vie va tenir, encore, elle tient, elle tient toujours, ça va aller, encore…" Laurent Mauvignier - Ce que j’appelle oubli  La liberté formelle du MI, même si elle est plus maitrisée que celle de son devancier le flux de conscience, se met au service de la restitution de la pensée d'un personnage.Le monologue intérieur est une technique littéraire qui permet donc de donner accès à ce qui se passe dans la tête du personnage ainsi qu'à des éléments de contexte qui seront fournis au lecteur non comme des expliactions ou des descriptions, mais uniquement au travers des perceptions et des impressions du personnage. Une forme qui peut être à la fois expressive et distanciée… Une bonne lecture pour en comprendre les spécificités et les enjeux : La Faim, un roman de Knut Hamsun.                                Sylvie R. B. Si vous souhaitez approfondir et metttre en pratique les thèmes de ce  blog :   {loadmoduleid 220}                                                                                                                                                                                                       {loadmoduleid 197} 
07 October 2026
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« Les Hommes ivres de Dieu » est un essai de Jacques Lacarrière qui décrit la vie des anachorètes, ces ermites qui se sont retirés dans le désert égyptien et syrien pour mener une vie de solitude, de prière et de contemplation au début du christianisme, au quatrième siècle de notre ère et donc avant l’arrivée de I’Islam. Rien n’est plus loin de notre société perpétuellement en quête de confort et de facilité que cet ascétisme dont la recherche de détachement du monde et d’effort sur soi semble sans limites. Certains vivants dans des sortes de tombes, d’autres sur des plateformes jugées sur des arbres et sans abris, d’autres dans de minuscules grottes… Au moment où j’ai mis en ligne deux articles sur « nourriture et écriture », j’ai souhaité partager un extrait de cette lecture fascinante. On peut trouver cette quête incompréhensible et même folle, mais elle révèle une dimension de l’humanité qui a existé… La tentation de la maitrise absolue de soi, de la pureté, subsiste sous d’autres formes. Parmi les nombreux aspects développés dans le livre, je me bornerai à évoquer la question de la nourriture et de la règle. En effet, quand l’ascétisme devient trop extrême, il prend le risque de devenir une forme d’orgueil. Pour tenter de départager extrême humilité et extrême orgueil, les ascètes ont senti la nécessité de fixer des frontières, des règles, certes arbitraires, mais concrètes. Deux périls opposés guettent l’ascète qui vit seul dans le désert et la privation : se laisser aller à ses désirs ou se laisser aller à son orgueil en s’imposant des privations excessives. Les deux tentations risquent de faire de lui la proie des démons. Des règles ascétiques devinrent donc nécessaires pour concrétiser le mode de vie juste et pour rassurer l’ascète disposant d’éléments précis pour distinguer ce qui est bien de ce qui est mal.   C’est en ce qui concerne la nourriture et les jeûnes que ces règles s’établirent tout d’abord. Nous savons que la plupart s’imposaient, par exemple, de ne manger que sept olives par jour. Ce chiffre qui peut nous sembler impossible correspond toutefois à la réalité de leur ascèse. Il leur permettait de savoir où commence et où finit le péché. Si l’ascète mange six olives au lieu de sept, c’est un péché d’orgueil, et s’il en mange huit, un péché de gourmandise. L’on retrouve ici le rôle essentiel qu’a joué la nourriture dans la plupart des systèmes sociaux ou religieux.   Le moment, la manière et le contenu de l’acte de manger était - et reste sous des formes atténuées- le symbole des relations sociales, des états spirituels et même, comme c’est le cas pour les anachorètes, un élément essentiel des expériences mystiques les plus hautes. Son rôle est évident dans les religions primitives ou anciennes, mais le christianisme est loin de l’avoir ignoré (communion, Carême, Pâques…).   Comme le rappelle Jacques Lacarrière, un ethnologue anglais Richards a pu écrire que, dans les sociétés dites premières « La nourriture est la source des émotions les plus intenses, elle fournit la base de certaines des notions les plus abstraites et des métaphores de la pensée religieuse… Pour le primitif, la nourriture peut devenir le symbole des expériences spirituelles les plus hautes, l’expression de relations sociales essentielles… » Ce principe opère également pour les ascètes des déserts d’Égypte et de Syrie, ces « athlètes de l’exil » comme les surnomme l’auteur du livre. Ainsi, le pain, pour l’ascète, pouvait passer pour le « reflet de l’âme » et pour clore ce petit cycle d’articles sur nourriture et écriture, j’ai choisi de reprendre ici un épisode de la vie d’un anachorète nommé Jean d’Égypte qui me semble en être une bonne illustration.   « Cet anachorète était en effet si parfait que Dieu l’avait déchargé du soin qui regardait sa nourriture et y pourvoyait par sa Providence. Quand, pressé par la faim, il rentrait dans sa caverne, il trouvait toujours sur la table un pain d’un goût exquis et d’une blancheur sans pareille. Mais ces grands et heureux progrès lui donnant quelque sentiment de vanité et attribuant à sa bonne conduite des bienfaits qu’il ne tenait que de la pure libéralité de Dieu, il commença aussitôt d’entrer dans un certain relâchement d’esprit. Il prie moins souvent, se repose plus longtemps, ne récite plus les Psaumes avec la même attention. Au début, ce relâchement ne se remarqua pas, car, de même que le courant d’une rivière qui a été secondé par l’effort des rames continue d’emporter le bateau même si l’on cesse de ramer, ainsi cet homme était porté par son ancienne habitude à ses exercices ordinaires, ce qui le faisait paraître tel qu’auparavant. Mais son relâchement va s’accentuant, au point que, piqué des aiguillons de la chair, il se sent un jour emporté du désir de retourner dans le siècle. Et lorsqu’il fut entré dans sa caverne pour manger, il trouva bien un pain sur la table, mais moins blanc que de coutume. Et puis, un jour, ses désirs impudiques lui font voir réellement une femme devant lui et il est pris du désir de la posséder. Alors, en rentrant dans sa caverne, il trouva sur la table un pain très sale, sec et comme rongé de tous côtés par les fourmis et par les chiens. Oui, c’est bien ainsi que, soudain, lui apparaît son âme, et ses pensées, comme une multitude de barbares l’assiégeant de tous côtés et faisant pleuvoir sur lui comme une grêle de flèches, entreprirent de le mener tout lié et tout garrotté dans le siècle. »
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ELLE S'APPELAIT ELISKA

Nouvelle écrite dans le cadre de l'atelier en  2018.

Lorsqu'Evzen lui avait proposé de venir diriger "La Moldau", Zoltan n'avait pas hésité une seconde. Il aurait traversé la terre entière pour jouer la musique de son compositeur favori. Il était l'invité d'honneur de l'orchestre symphonique du théâtre national de Prague, sur les lieux même où Smetana avait composé cette partition. C'est là que tout est arrivé et qu'elle est entrée dans les pages de sa vie.

Par un matin d'automne, un matin de "presqu'hiver", Zoltan arriva à la gare de Prague. Dans le jour naissant, la brume enveloppait le paysage, une brume dense, ocrée, presque palpable où flottait une odeur de lignite qui recouvrait d'une peau à la fois âcre et suavele corps de la ville.

Ilmarcha lentement vers Staré Mestro, une chambre l'attendait chez son ami Evzen, le pianiste spécialiste de Smetana. L'écho de ses pas résonnait sur le pavé, il lui semblait y entendre une sorte de prélude sans qu'il sache encore où cette partition allait le conduire. Lorsqu'il s'engagea dans le quartier de la vieille cité, un léger brouillard s'élevait et semblait caresser les toits des maisons estompant le jour. Sur la place Malé Namesti la grille en fer forgé qui entoure la margelle du puits se voyait à peine, une atmosphère laiteuse rendait les silhouettes des passants évanescentes. Tandis qu'il admirait l'immense beffroi, les tours jumelles de Notre Dame de Tyn et la coupole de l'église Saint Nicolas se fondaient dans le cotonneux de l'air, il lui sembla apercevoir une ombre féminine qui traversait la place, telle une naufragée, laissant flotter derrière elle son étole rouge. Il s'engouffra dans la rue Jilska et pénétra dans la porte cochère au numéro 6, dissimulé dans l'ombre, il se retourna, une présence semblait le suivre, la rue était déserte... le monde lui avait toujours semblé rempli de signes imperceptibles, de notes, de souffles alternés de silence qui volètent au gré du vent et s'immiscent dans l'air tout près de nous. Signes qui nous entourent, nous envahissent, et que nous percevons à la faveur d'un frêle moment de silence.

Ce matin là, Zoltan vivait le présent dans l'évidence de la joie. Il monta les escaliers en colimaçon au rythme des notes de la Moldau, ouvrit avec délicatesse la porte d'entrée et pénétra dans l'appartement d'Evzen. Dans le hall, sur un guéridon s'épanouissait un bouquet de colchiques, et un tapis rouge aux formes géométriques donnait une touche de couleur à un intérieur dont l'atmosphère de paix, de clarté contrastait avec la brume de l'extérieur. Il déposa ses bagages dans la petite chambre et s'assit sur le lit. Par la fenêtre qui donnait sur le boulevard les bruits de la rue montaient crescendo. Il resta à écouter la cité s'éveiller, les klaxons et les cris des passants se mêlaient aux aboiements des chiens. Peu à peu une sensation douce et chaude sembla remonter du passé, une caresse dans la bouche qu'il avait déjà ressentie lui fit tourner la tête, il aperçut sur la table un plat bleu ourlé d'un filet d'or avec des gâteaux "Trdelniks". Il se souvint alors de sa tournée en Bohème avec son ami. Dans cette odeur de cannelle qui enveloppait ses sens il revoyait tout, les concerts, les spectateurs debout, les longs séjours en bus... il lui fut reconnaissant d'avoir eu cette délicate attention. Sur labibliothèque en noyer une photo de Smetana vieillissant, l'œil vif derrière ses lunettes rondes, veillait sur la pièce. Il s'approcha, tira quelques partitions et les parcourut, les notes chantaient dans sa tête. Quelle intensité ! Une photo tomba sur le sol. Il se pencha et la ramassa. Un portrait en noir et blanc, une jeune femme qui regardait au loin, une inconnue qui pourtant lui semblait familière, un regard si triste et si tendre qu'il ne pouvait s'en détacher: il tenait entre ses mains toute la beauté du monde. Une étrange sensation envahit Zoltan. La photo était devenue une nouvelle partition à déchiffrer. Il sortit aussitôt, descendit jusqu'au fleuve avec une joie fébrile. Il courait presque, il fallait qu'il rejoigne le théâtre, il fallait qu'il joue. La présence et le regard de cette femme flottaient sur les berges, l'allegro vivace du fleuve se mêlait au flot de sa pensée.

Dans le ruissellement de l'eau tout se mêlait, les notes de la Moldau, les vieilles complaintes des bateliers et des flotteurs de bois de jadis. Qui était-elle ? D'où venait-elle ? Un ostinato de questions l'envahissait. A l'écoute du chant cristallin de l'eau sur les pierres et dans la contemplation de la lumière du ciel projetée sur l'onde, il tentait de saisir l'imperceptible présence qui le précédait au cœur de la ville, présence unique, mais tellement évidente. La mémoire de l'eau dans ses reflets lui donnerait-elle une réponse ?

Au fil de l'onde, il entrevit les trois îlots, écrins de verdure reliés par le pont Legii ; au-dessus, dans le ciel se détachait la coupole aérienne ceinte de sa couronne d'or, tirée par quatre chevaux de bronze, enfin le théâtre lui apparut dans toute sa splendeur imposant sa silhouette au fleuve qui coulait à ses pieds. Lorsqu'il arriva dans un état second pour la répétition avec l'orchestre, Evzen était là, qui l'attendait dans l'immense hall. Après les accolades d'usage, il se mit au travail. Emporté par le mystère de la présence, les notes s'envolaient sous sa baguette dans un voluptueux crescendo et les méandres de sa mélodie suivaient d'imperceptibles lignes qui se mêlaient à son souffle et aux battements de son cœur. Tantôt l'ovale d'un visage se dessinait dans le pizzicato du premier tableau, la source, tantôt la légèreté d'une silhouette dans la brume se devinait dans les legati du deuxième tableau. Il était alors porté par le rythme de ses sensations et celui de la musique. Désormais, elle était présente dans les notes comme un imperceptible ostinato. Evzen l'interrogea sur la couleur de son jeu qui avait changé, Zoltan se contenta de sourire.

Le soir tombait quand ils se séparèrent. Songeur, il remonta lentement le fleuve. Tandis que la lumière du crépuscule dorait le paysage, la Vitava offrait un allegro d'étincelles qui éclaboussaient les berges. Au léger clapotis de l'eau se mêlaient les chansons des buveurs de bière attablés dans la taverne au coin de la rue tandis que le tintinnabulement des tramways faisait sonner les quais de leur andante joyeux. Zoltan se perdit dans la lumière finissante et le violet de l'ombre. Peu à peu l'odeur des premiers feux de poêle le ramenèrent à la réalité. C'était décidé, demain il irait consulter les archives de Smetana au musée de la musique à Mala Strana, peut-être apprendrait-il quelque chose. Il voulait vraiment savoir qui était la jeune femme au portrait.

Dans le matin frais, il traversa le pont Karl, les eaux du fleuve gardaient encore le noir de la nuit, les pierres des quais étaient humides, couleur d'ébène, quelques branches charriées là jonchaient le sol et les foulques y cherchaient leur nourriture. Des mouettes planaient, lançant des cris stridents, qui couvraient les bavardages cliquetants des colverts qui volaient au ras de l'eau en martelant celle-ci à coup d'ailes. Était-elle passée ici? Avait-elle aussi entendu cette musique? Au passage Zoltan caressa la statue de Jan Népomucène de ce même geste calme avec lequel il savait mener l'orchestre vers l'andante. Il sentait la rugosité du bronze travaillé par les pluies sous ses doigts, sensualité du temps. Il se pencha sur les eaux du fleuve et entendit la complainte des larmes silencieuses de Jan mêlée au ruissellement du cours d'eau.

Les derniers réverbères de Mala Strana s'éteignirent et la colline de Pétrin dessina sa silhouette mordorée dans le ciel. Soudain les cloches de l'église St Nicolas se mirent à sonner et les cents clochers de Prague lui firent écho en une symphonie cristalline qui portait les pas de Zoltan descendant la rue Karmelistka. Dans les vergers et les vignobles de Pétrin qui surplombaientle musée de la musique le rose du ciel s'éteignait et laissait place à un bleu délavé, les feuilles rougeoyantes des arbres tombaient en murmurant sous les caresses du vent. A l'hôtesse qui l'accueillit, il demanda à consulter les archives de Smetana ; il s'installa confortablement dans un fauteuil en cuir et fit défiler les pages jaunies par le temps. Il passa là de longues heures jusqu'au moment où, au milieu de copies dépareillées de la Moldau, un titre attira son attention. En lettres manuscrites, à demi effacées, il lut "Viola", la partition paraissait inachevée... ses yeux glissèrent au bas de la page où une adresse était notée, il s'empressa de la recopier avant de remettre le tout à la responsable.

"3 Bis rue Valentinska". Ces quelques mots restèrent gravés dans sa mémoire toute la journée et il lui tarda d'être libre après la répétition pour arpenter le quartier juif avant de rejoindre cette adresse. Lorsqu'il arriva devant la synagogue Pinkasova, elle était là. Il se sentit à nouveau happé par sa présence, traversa le porche, flottant dans un largo lumineux. Les pas de Zoltan sur les pavés de granit gris résonnaient au rythme de son cœur. Longeant le cimetière, il vit la brume bleutée du soir se poser sur les tombes en un léger voile mauve qui recouvrait l'enclos. Les stèles parsemant l'herbe vert tendre lui rappelèrent que la vie était là, par delà la mort, le visible s'y transcendait tout imprégné de l'invisible car nous sommes faits de la chair des autres, de cescorps qui nous ont précédés et nous ont engendrés. Dans le bruit des graviers qui crissaient sous ses pieds Zoltansembla frôler le sens premier et toucher la beauté du monde.

Fugacité d'une présence. Fulgurance de la vie.

Lorsqu'il arriva au 3 bis, les battements de son cœur s'accélérèrent en un vivace qu'il ne maîtrisait plus. Il allait au devant de quelque chose d'essentiel, qui précède l'instant d'éternité touchant au sacré de la vie. Il sonna et un vieil homme apparut. Zoltan lui expliqua sa requête. Il ne parut pas surpris, et le conduisit dans un petit bureau où des documents étaient méticuleusement rangés sur des étagères en noyer. Il sortit d'une bibliothèque un coffret noir où était inscrit le nom de Smetana, il le tendit à Zoltan et se retira pour le laisser seul. Ce dernier l'ouvrit avec recueillement et se plongea dans la lecture des opéras commentés par le compositeur.

Au fond du coffret, au milieu d'ébauches de partitions, se trouvait un petit paquet ceint d'un ruban rouge qu'il dénoua. Et là, une lettre jaunie couverte d'une encre violette :

Mon Amour

Il me tarde de terminer la dernière partition. Elle s'appellera "Viola", elle t'est dédicacée et tu pourras bientôt travailler dessus. Je te confie "Le baiser" et "Le secret" que tu connais déjà, tu sais combien ces pages nous sont précieuses.

Je me sens bien fatigué et tu me manques tant. Je te serre contre mon cœur.

Ton aimé et dévoué

Smetana

Un léger froissement de tissu se fit entendre, un bruissement ténu, là, juste derrière lui. Zoltan se retourna.Surgie d'ailleurs, une silhouette se détachait dans l'embrasure de la porte, presque transparente mais si intensément présente.... Ses yeux regardaient Zoltan, des yeux dont le regard vous saisit et ne vous lâche plus, des yeux qui vous enlacent avec une douceur infinie. Zoltan la fixait, comme envoûté.

C'était la photo devenue réalité. Le passé et le présent unis en un même lieu et une même personne. Sa voix chaude comme un écho se détacha dans l'air:

"C'était mon arrière grand mère...elle était la librettiste de Smetana. Eliska. Elle s'appelait Eliska."

Désormais tout restait à dire, tout restait à écrire ...

Ou plutôt, tout restait à vivre. Ad libitum.

L'Épiphanie de Mai
Oxy, more et plus

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Commentaires 1

Bernard N le samedi 18 janvier 2020 10:49

Belle histoire, belle écriture, belle atmosphère.

Belle histoire, belle écriture, belle atmosphère.
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