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Textes écrits par des participants à mes ateliers et à mes stages d'écriture, manifestations littéraires, concours... 

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Delphine C.
16 septembre 2026
Textes d'ateliers

Au fond de nous mêmes, nous désirons tous qu'arrive vite le jour du drame. C' est ainsi, nous voulons croire à l amour et le trouver tout en sachant que ça finit toujours mal, une histoire d'amour…en général. Dès l'enfance, nous avons été biberonné à la recherche du bonheur amoureux et nous nous rég...

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21 septembre 2026
Quel joli voyage. Et si vrai sur la fin quand on aborde les agglomérations après avoir déa...
Invité - Michel
17 septembre 2026
Merci Delphine, Un processus tellement vrai, vécu dans la solitude. Le texte est vibrant. ...

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19 September 2026
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Dans le frais de la nuitle noir chante et bourdonne il chante l’abandon qu’il faut apprivoiserfaire de la solitude une ile enchantéeenchantement de plomb qu’il faut porter bien hautsolitude et mortseules choses certainessi belles certitudes qu'on  apprend à aimersentir descendre en soi la coulée d’amertume et savoir lui sourire pour l’adoucir un peuspectateur curieux de sa propre souffrancela humer et l’aimer comme, finalementl’on s’aime bien un peu malgré l’insuffisanceet puis nourrir ses vides de ce filet d’acideen suivre la coulée comme d’autres voyagentlucide sans violenceécorchée de silencele plomb fondu de la désillusionforme un socle d’espoir à la chanson du soir nous berce, nous transperce répète, bel exécutoire ce que l'on sait déjàl'amour, l'amour ... n'est que ce que l'on y a mis.        Sylvie R. B.             {loadmoduleid 227} 
15 September 2026
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  « C’est la figure de l’indicible, de l’impossible, de l’extrême du langage […]. L’oxymore est une structure linguistique fondée sur la conjonction des contradictoires. » Mathis   Cet article porte sur l’oxymore canonique — l’oxymore dans sa forme la plus pure, la plus simple, la plus évidente, celle qui correspond parfaitement à la définition même de la figure : la rencontre étrange de deux mots (un nom et l’adjectif qui s’y rapporte comme dans "une obscure clarté" ou "une douce violence") qui, normalement, ne devraient pas se rencontrer. Nous sommes face à une association qui, envisagée avec une logique stricte, pourrait sembler absurde, et que le lecteur pourrait prendre pour une simple erreur.   Une origine qui contient déjà sa propre définition Il est intéressant de commencer cette réflexion sur l’oxymore canonique en revenant sur l’origine étymologique du mot. En grec, oxymoron est lui-même composé de deux éléments contradictoires : oxus, qui signifie pénétrant, aigu, mais aussi spirituel et moros, qui signifie émoussé, épais aussi bien que "sot". Le mot associe donc directement le pénétrant et l’émoussé, le spirituel et l'imbécile. C’est un exemple frappant où le signifiant se décrit lui-même : le mot qui désigne la figure est construit, comme elle, à partir d’une contradiction. Ce terme a fait son entrée en français comme terme technique au XVIIIe siècle. toutefois, on lui préférait les expressions alliance de mots ou mots contradictoires — des formulations différentes pour désigner le même rapprochement de deux termes opposés. Le mot oxymore a connu depuis un grand succès y compris dans la langue courante, on l’entend aujourd’hui jusque dans le discours journalistique. Il a ce double avantage de donner une touche d’érudition et d’être assez facile à comprendre.   Distinguer l’oxymore de l’antithèse et du paradoxe   Avant de donner d’autres exemples, il est intéressant de revenir sur quelque chose d’essentiel dans cette première approche de l’oxymore : le distinguer, ou du moins d’identifier les nuances qui le séparent de l’antithèse et du paradoxe. Ce sont trois procédés formant ce que lon appelle paarfois les antilogies, sont trois figures qui manipulent chacune une logique de contraires — mais pas de la même manière. On peut pour les définir utiliser à profit les symboles qu’Aristote a créés pour désigner les affirmations contraires :  les notations A et non-A — que l’on trouve en mathématiques et en logique. L’antithèse affirme A et non-A : les deux contraires sont rapprochés, présents dans la même phrase, mais leur différentiation est maintenue dans ce rapprochement. L’exemple classique, emprunté à Hugo, est "Un ver de terre amoureux d’une étoile" : dans le même segment de phrase se rencontrent deux zones qui, normalement, ne se croisent pas — le sol, l’ombre, la bassesse du ver de terre, et la hauteur, l’éclat de l’étoile dans le ciel. Mais il n’y a pas de confusion logique : le ver de terre est amoureux, mais il ne devient pas une étoile. Il y a une rencontre, mais une rencontre qui marque justement une impossibilité — A n’est pas non-A, ils se touchent, mais restent séparés. Le paradoxe, lui, réunit A et non-A dans l’idée qu’il y aurait, dans A lui-même, quelque chose de non-A — une opinion contraire à ce qui est communément admis. On pense habituellement que A ne peut pas être non-A ; le paradoxe affirme que si, pourtant. L’exemple type est la formule de Corneille : "Qui a toujours raison a grand tort". Nous avons, dans la même phrase, l’affirmation par le verbe — une mise en équivalence, un balancement — entre avoir toujours raison et avoir grand tort. On retrouve cette même logique, de façon plus complexe encore, dans "Il est interdit d’interdire" : la formule questionne les évidences, ce que l’on pense indiscutable. Dans le premier exemple, avoir raison est quelque chose de positif — mais avoir toujours raison devient un tort. C’est là la dimension propre au paradoxe : il interroge ce sur quoi on ne s’interroge habituellement pas. L’oxymore, enfin, pousse cette rencontre entre une chose et son contraire plus loin encore : la rencontre se fait par le verbe être lui-même — ce n’est plus A et non-A, mais A est non-A. Nous avons alors l’équivalence directe d’un terme et de son contraire. Ce sont donc trois façons d’articuler les contraires, trois manières logiques — et en un sens, trois figures de style — de travailler une même tension. Mais dans les textes, elles ne sont pas toujours aussi nettement séparées qu’une formule logique ou mathématique pourrait l’être : c’est là toute la différence entre la littérature et la logique pure. Il existe des formules difficiles, voire impossibles à classer, précisément parce qu’elles se situent entre l’oxymore, le paradoxe et l’antithèse. Ainsi avec  " La déraison a raison et la vérité ment" : nous ne sommes plus dans la forme canonique, la structure grammaticale a changé, mais subsiste cette opposition frontale entre vérité et mensonge — nous ne sommes plus simplement dans l’oxymore, il y a une dimension de paradoxe, parce que la forme sujet-verbe interroge une idée, et non plus simplement une réalité. On trouve par exemple chez Voltaire "L’insensible qui ressent..." — là encore, pas de forme canonique, mais une dimension à la fois oxymorique, paradoxale et antithétique. On pourrait dire la même chose du "To be, or not to be" de Shakespeare dans Hamlet : une formule inclassable, et c’est précisément ce qui en fait toute la force — à la fois paradoxe, antithèse et oxymore, ouvrant une possibilité d’exploration d’une profondeur et d’une multiplicité de sens presque inépuisables.   L'oxymore, une figure ancienne  L’oxymore n’est pas né avec la rhétorique qui lui a donné son nom : ses racines plongent jusqu’aux origines mêmes de l’expérience et de la littérature grecques. On en trouve des manifestations déjà chez les présocratiques où cette idée de contradiction permet de penser le réel.    Elle traverse également la tragédie grecque, où elle dit l’impossible réunion, l’action impossible face à une situation contradictoire. Mais aussi chez des auteurs latins comme Horace.   On la retrouve dans la mystique chrétienne, où elle ne révèle plus l’ambiguïté de l’existence, mais devient le seul langage possible de l’indicible — déjà cette idée d’une révélation par les mots, de mots qui tentent de toucher quelque chose au-delà d’eux-mêmes.   On la retrouve ensuite chez les poètes baroques, comme Sponde par exemple. Elle y traduit une vision du monde instable, théâtrale, faite de métamorphose constante — celle du baroque : la vie est déjà mêlée de mort, la beauté porte en elle sa propre corruption. L’oxymore traduit cette instabilité ontologique. L’exemple canonique de cette obscure clarté, chez Corneille — auteur lui-même à la charnière du classicisme et du baroque — en est l’illustration la plus connue ; il y a là une forme de contradiction dans les termes sur laquelle nous reviendrons. Chez les romantiques, l’usage de la contradiction devient plus intérieur : c’est un déchirement intime, chez Musset, Vigny — la douleur heureuse, l’ardente monotonie de la mélancolie. L’oxymore y est utilisé dans le sens d’une confession, tourné vers l’expression du sentiment intime, plutôt que vers une vision cosmique comme chez les présocratiques ou chez Platon. On retrouve encore un usage différent chez les symbolistes, où l’oxymore ne traduit plus simplement un sentiment intérieur, mais un brouillage sensoriel — chez Baudelaire évidemment, mais aussi chez Verlaine. Il devient un outil de synesthésie, de suggestion. On trouve chez Baudelaire des délices douloureux : il ne s’agit plus de dire une vérité, ni même un sentiment intime, mais de créer une atmosphère trouble, au-delà de la rationalité — une forme d’introduction de l’irrationnel. Le langage ne cherche plus la précision, mais quelque chose de l’ordre de la musicalité, de l’évocation : on ne nomme plus, on ne décrit plus, on suggère. On retrouve enfin, prolongeant cette rupture avec le cadre classique, un usage différent chez les modernes — dans le sens, cette fois, d’une insuffisance du langage. C’est une tendance contre laquelle je m’élève souvent dans ce que j’écris : les modernes, à la fin du XIXe siècle, ne cessent de se plaindre de l’insuffisance du langage, et l’oxymore deviendrait alors une manière de pallier cette insuffisance sans pourtant pouvoir y parvenir. Ce n’est pas du tout ma position ; nous y reviendrons.     Retour à la forme canonique : adjectif et nom Il faut maintenant revenir à notre sujet l’oxymore canonique dans ce premier article, il se présente sous la forme adjectif + nom — la forme véritablement canonique, parce que c’est celle où les deux oppositions se collent frontalement, sans intermédiaire. Exemples: - On trouve des oxymores de ce type dès l’antiquité : à l' époque romaine : avec perjura fides (une fidélité parjure ), insaniens sapientia (une  folle sagesse ) ou dulce periculum (un  suave péril ) chez Horace`.- « Un enfer polaire », « les soleils mouillés » Baudelaire.- « Un silence assourdissant » de  Camus devenu banal est un exemple de cliché littéraire et même journalistique.- « Une oublieuse mémoire» est le titre d’un livre de Jules Supervielle- « Un silencieux tintement de clochettes », Alain Robbe-Grillet, Le miroir qui revient.- « Un affreux soleil noir d’où rayonne la nuit » Victor Hugo " -  « De là vint cet aveuglement lucide dont j’ai souffert trente années. » Sartre, Les Mots- « Éphémère immortel »,Paul Valéry, Charmes.- « Boucherie héroïque », Voltaire, Candide. -  « Une sublime horreur ». Honoré de Balzac, Le Colonel Chabert En philosophie : « … avec une orgueilleuse modestie » chez Bergson   Les oxymores canoniques sont très utilisées  comme titre original ou accrocheur  : « Un merveilleux malheur » Boris Cyrulnik, « Une brève éternité » Bruckner, « Blessures exquises » de Autié.  L’oxymore canonique le plus connu reste sans doute, nous l'avons déjà rencontré, cette obscure clarté de Corneille. Rien, dans la définition de chacun de ces deux mots, ne permet qu’ils coexistent : ce sont presque des antonymes. Si l’on fait abstraction du fait que l’un est un nom et l’autre un adjectif, l’évidence s’impose — ce qui est clair n’est pas obscur, ce qui est obscur n’est pas clair. Et pourtant, à la lecture, nous n’avons pas l’impression d’un simple jeu gratuit de langage, d’une erreur : nous percevons quelque chose d’une réalité particulière. C’est cette perception singulière que nous allons chercher à comprendre — ce qui se joue dans la rencontre de ces deux opposés, dans cette contradiction dans les termes qui définit l’oxymore canonique. L’oxymore ainsi construit dans la forme compacte d’un groupe nominal minimal met en place une sorte d’entité inouïe. Dans cette formule, l’adjectif — l’épithète — censé qualifier le nom le contrarie ; l’association qui devrait normalement apporter davantage de sens, de précision devient une union explosive. Ce qui est censé préciser l’autre finit par l’invalider : les deux termes s’invalident mutuellement et perturbent les repères du lecteur. C’est là, sans doute, l’effet le plus net de l’oxymore : il contrarie la vision ordinaire du lecteur, le frappe, le déstabilise. Nous sommes face à un coup de force fait à la logique, puisque le sens habituel des mots s’en trouve perturbé — on rapproche et on combine deux contradictoires en une définition paradoxale d’un même objet, qui va contre le bon sens et l’habitude. Il y a là bien plus qu’un simple effet de surprise. L’oxymore relève ainsi de l’art de la formule, de la concentration : il sait remplacer, parfois, des explications entières, des développements, par quelque chose de très resserré — quelques mots qui disent beaucoup. C’est vraiment un art du choc, comme si deux atomes de masses différentes se rencontraient directement, libérant une énergie particulière qui se communique au texte tout entier — une sorte de choc cognitif né de cette rencontre entre l’adjectif et le nom. Il relève de cette partie de l'écriture que l'on peut nommer l'art de la formule, art qu'il est fort utile de pratiquer pour améliorer son style quelqu'en soit le type. Pour mettre ceci en évidence, examinons l’effet des déclinaisons de la même idée :— Il y avait quelque chose d’obscur dans cette clarté.— Cette clarté semblait obscure. — Une lumière qui serait une obscurité— Régnait une grande clarté, pourtant une sensation d’obscurité l’envahit.— Il perçut une lumière et une obscurité. On peut ici mesurer toute la différence de la formule oxymorique avec ces formes plus explicatives. La confrontation directe de l’obscure clarté, rencontre directe, frontale, des deux opposés avec les deux mots collés l’un à l’autre, sans aucun intermédiaire provoque un trouble, une plus grande capacité à convoquer l’imaginaire : l’esprit essaie d’imaginer, de percevoir ce que peut désigner cette obscure clarté, il est bien plus sollicité que par les formes explicatives plus développées : l’on a perdu cette rencontre exclusive, cet accolement complet des mots. Le même problème se pose avec deux adjectifs : même en écrivant cette lampe est lumineuse et obscure, il n’y a plus cet accolement direct, cette rencontre sans intermédiaire — et donc plus ce même choc que produit la formule adjectif + nom. Ce mot — le choc — est ici essentiel. Cette rencontre insolite, inattendue, contradictoire, produit un choc au niveau du sens, parce qu’elle affirme une réalité qui n’est pas perceptible au premier degré. Et pourtant, ce choc n’est pas rejeté par notre compréhension du langage comme une erreur. Un sens émerge de l’oxymore canonique ; une perception a lieu.Reste alors une question : cette perception préexistait-elle à l’oxymore qui ne fait que la révéler ou est-ce l’oxymore lui-même qui crée une forme de réalité insoupçonnée, invisible, qu’il rendrait soudain visible ? Autrement dit — l’oxymore crée-t-il quelque chose, ou le révèle-t-il ? Ou bien y a-t-il, dans ce procédé de langage, un peu des deux ?   L’oxymore : création ou révélation ? On pourrait d’abord être tenté de répondre que l’oxymore crée — puisque, avant la formule, personne n’aurait songé à réunir la clarté et l’obscurité dans un même geste. Le langage ordinaire les tient séparées, les traite comme des contraires irréconciliables. En ce sens, l’oxymore semble bien fabriquer une réalité nouvelle, une image qui n’existait pas avant que les deux mots ne se heurtent.Mais on peut aussi soutenir l’inverse. Si le choc de l’oxymore ne produit pas un simple non-sens — si un sens émerge et s’impose à nous avec évidence — c’est peut-être parce que cette coexistence des contraires, cette obscure clarté, décrivait déjà quelque chose de réel, quelque chose que nous avions déjà éprouvé sans jamais avoir eu les mots pour le dire. Qui n’a pas connu un moment où l’angoisse et la lucidité se confondaient, où voir clair faisait mal, où comprendre plongeait plus profond dans le trouble plutôt que d’en sortir ? L’oxymore, dans cette hypothèse, ne crée rien : il nomme enfin ce qui était là, tapi dans l’expérience, faute d’un langage capable de l’accueillir. C’est peut-être là que se loge la vraie force de la figure : elle ne choisit pas entre ces deux hypothèses, elle les tient ensemble. L’oxymore révèle en créant, et crée en révélant. Il donne une forme — un nom, une syntaxe, une image — à une intuition confuse que nous portions déjà, mais qui restait sans langage pour se dire ; et par ce geste même de nomination, il fait exister cette intuition d’une manière neuve, plus nette, plus partageable qu’elle ne l’était avant. La clarté n’était pas obscure avant Corneille — mais quelque chose, en nous, savait peut-être déjà que la lucidité pouvait faire mal comme une nuit.C’est cette double opération — nommer ce qui échappait au nom, et par là le faire naître à la conscience — qui distingue l’oxymore d’une simple absurdité verbale. Il n’invente pas le réel de toutes pièces, pas plus qu’il ne se contente de le photographier : il le fait apparaître, au sens presque photographique du terme — un révélateur qui rend visible une image déjà présente sur la pellicule, mais invisible à l’œil nu.     L’effet de la rencontre : dissonance, suspension, vibration   Ces trois dimensions permettent de mieux percevoir l’effet particulier propre à l’oxymore : cette rencontre directe produit quelque chose de fort, d’étonnant, que l’on peut presque percevoir comme magique — la magie étant précisément ce qui fait naître l’inattendu, et quelque chose de dérangeant avec lui. Devant un oxymore, on éprouve un sentiment de dissonance — une dissonance au sens musical, deux notes qui ne vont pas ensemble et qui accrochent l’oreille. Cela exige, comme souvent avec les figures de style, une pause de la part du lecteur, une interprétation : les mots perdent leur sens simple et habituel, cette bijection immédiate entre le mot et la chose se rompt. Le sens sort soudain de son évidence ; il y a un arrêt de lecture, un moment de suspension — savoir susciter cette suspension est, bien sûr, très important dans le travail d’écriture.Nous avons déjà posé la question : cet arrêt, cette suspension, est-il un dévoilement, une confrontation qui fait naître un sens inattendu — l’idée de révélation — ou bien reste-t-il de l’ordre de la complexité, sommant le lecteur de réfléchir au-delà des apparences, sans créer à proprement parler un sens nouveau ?Que soit le narrateur ou un personnage qui s’approprie l’oxymore, qui l’utilise comme quelque chose qu’il ressent, comme sa vision propre brouille et complexifie le point de vue : le narrateur, quelle que soit sa forme, assume alors simultanément deux points de vue en doutant d’un même objet, deux propriétés d’ordinaire tenues pour contradictoires, données comme allant de soi dans cette formulation contradictoire. C’est cela qui est troublant : dans l’oxymore, on ne prend pas de gants, on ne prévient pas à l’avance que ce que l’on va dire est complexe et pourrait se résumer par une formule contradictoire — non, l’oxymore surgit, et il y a dans ce surgissement quelque chose d’inouï.J’aime, pour ce genre de travail sur le langage - la métaphore peut produire un effet analogue -, utiliser le mot vibration : les mots perdent leur force tranquille de désignation, ils vibrent — il y a quelque chose de l’ordre du flou, de l’évocation, de la suggestion, nous avons déjà rencontré cette idée ; les notions de vérité et de réalité sont interrogées, le sens des mots prend une épaisseur nouvelle. On pourrait résumer une grande partie de l’effet de l’oxymore par l’opposition entre l’être et le paraître, et par une forme de mise en profondeur, de verticalité, de la figure — une manière de dénoncer les illusions, en particulier les illusions de connaissance et de désignation.     Extensions : sensation, image, et usage politique De nombreux exemples peuvent illustrer cet oxymore canonique — comme un "soleil mouillé", qui relève cette fois de la sensation contradictoire, de l’ordre matériel, ou d’autres oxymores qui relèvent davantage de l’intériorité. On a vu cette différence d’usage à travers les différents mouvements littéraires qui ont utilisé l'oxymore. Je trouve intéressant  un exemple emprunté à  la philosophie : Roger Caillois décrit les vagues de la mer comme "une procession immobile" — il y a à la fois, dans l’idée de procession, cette notion de choses qui s’enchaînent et se suivent, et, dans l’immobilité, la perception bien réelle d’une crête de vague qui semble ne jamais avancer. Il faut aussi, à propos de cet oxymore canonique, rappeler son usage en politique, et aujourd’hui encore dans le discours journalistique et médiatique. On retrouve cet art de la formule avec la TVA sociale — l’impôt qui rencontre la dimension sociale — ou la croissance zéro — la croissance qui évoque quelque chose qui monte, et le zéro qui noie soudain ce sens dans une formule presque provocatrice, typique de l’usage politique. On trouve déjà cette dimension politique et sociale chez Hugo, avec une bourgeoisie qui tente de créer une jeunesse vieille — l’âge réel s’opposant à l’âge du comportement, de l’attitude.On trouve enfin, chez Hugo toujours, un usage déjà élargi de l’oxymore — celui que nous retrouverons quand il sera question des changements de registre, avec cette fois le concret et l’abstrait qui se rencontrent : Ce petit monde avait sa grandeur. Le petit désigne ici une réalité concrète — un milieu restreint, toujours les mêmes gens — tandis que la grandeur relève d’un ordre plus abstrait, celui de la valeur. On a perdu ici avec cet oxymore non canonique, étalé plus largement dans la phrase, cette impression d’atomes qui se heurtent, ce sera le sujet de deux autres articles, l’oxymore non concentré ou plus subtil qui ne relèvera plus de la confrontatzion directe d’une chose et de son contraire, mais de nuances contradictoires : une vision plus fine, et donc susceptible d’un usage plus large, de cette figure qu’est l’oxymore.                                  Sylvie R. B. Si vous souhaitez approfondir et metttre en pratique les thèmes de ce  blog :     {module id="105"}                                                                                                                                                                                                       {loadmoduleid 197}   
10 September 2026
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Témoignage et littérature : "Le Christ s'est arrêté à Eboli" Le Christ s'est arrêté à Eboli de Carlo Levi n'est pas un roman ; rien n'y est inventé : c'est le récit d'un authentique exil, celui que le régime fasciste imposa à l'auteur qui fut assigné à résidence dans un village perdu du sud de l'Italie en 1935. Aucune ambiguïté, donc, entre fiction et témoignage. Et malgré cela — ou plutôt à cause de cela — on s'y sent emporté comme dans un grand roman. La question qui m'est venue pendant sa lecture est justement celle-ci : qu'est-ce qui, dans un texte qui ne triche pas avec le réel, produit un effet aussi profondément littéraire ?   Un monde qui touche au mythe Ce qui m'a emportée, ce n'est pas ou peu la condition d'exilée du narrateur, c'est le monde qu'il découvre. Le village où Levi est relégué a, littéralement, un caractère de fiction — presque mythique. On y plonge dans un univers humain qui nous est étranger, et pas seulement par la géographie : étranger historiquement, humainement, presque anthropologiquement. L'auteur le dit lui-même : ce qu'il rencontre là ressemble à une vie quasi préchrétienne. L'observation est troublante parce qu'elle bouscule une image toute faite. Quand on pense à l'Italie du Sud, ou à l'Espagne vue de France, on imagine volontiers des terres façonnées par une foi profonde, presque mystique — des pays « habités » par le christianisme. Or ce que Levi met au jour, c'est tout autre chose : un mode de vie qui garde un contact direct avec la nature, une spiritualité qui penche du côté de la magie, vers une expérience immédiate des forces naturelles — on peut y voir une forme de paganisme. L'église existe, le curé aussi (deux curés, en réalité : le premier, chassé du village, et le second, plus habile, qui tente d'apprivoiser cette résistance). Mais la messe et le baptême se heurtent à une force plus ancienne, plus primitive — et ce mot n'a ici rien de péjoratif. Primitif au sens de plus près de la nature, au plus près des forces naturelles.   Le langage comme puissance vitale Cette présence de la magie m'a d'autant plus intéressée qu'elle repose en grande partie sur l'utilisation de mots et de formules orales ou écrites. Car dans ce monde, on croit à la force du langage — à sa puissance active. La profération peut guérir ; elle peut aussi rendre malade, voire tuer. Le lien entre langage et force de la nature, entre langage et vitalité, y est encore essentiel, presque originel.   "Puis mon chien s'appelait Barone. Dans ces régions, les noms signifient quelque chose. Il y a en eux un pouvoir magique : un mot n'est jamais une convention ou une chose vide de sens, mais une réalité agissante. Il était donc un vrai baron, un seigneur, un être puissant qu'il fallait respecter. Si, dès le premier jour, je fus considéré avec sympathie, voire avec admiration par les gens du peuple, je le dois en partie à mon chien. Quand ils le voyaient passer aboyant comme un fou, libre et déchaîné, les paysans se le montraient du doigt et les enfants criaient :"Regarde, regarde, moitié baron et moitié chien !" Barone était pour eux un animal héraldique, le lion rampant sur l'écusson d'un seigneur."   C'est une idée qui vaut qu'on s'y arrête, bien au-delà du livre de Levi. Nous avons tendance à juger le langage comme un outil : un moyen que l'on évalue à son efficacité, comme un logiciel parmi d'autres — pas assez précis, pas assez riche, perfectible. Mais ce que ce texte donne à voir, c'est un état antérieur à cette séparation : un moment où la perception humaine était encore fondue dans son univers, où nommer et ressentir ne faisaient qu'un. Le langage n'était pas un intermédiaire entre l'homme et le monde ; il en était le tissu même. Ce n'est que peu à peu qu'il s'est détaché de ses deux sources — la réalité et la perception humaine — pour devenir cet outil que nous manions aujourd'hui, à distance des choses.   On pourrait dire que le langage avance comme une main qui cherche dans l'obscurité, qui tâte le réel et en enregistre, geste après geste, un peu plus de détails, de nuances, de possibilités. Le juger comme un simple instrument, dont on pourrait mesurer froidement les limites, c'est passer à côté de cette relation vivante — de cette genèse continue. On retrouve cette force évocatrice du langage dans le style de Carlo Levi, notamment dans ses images ainsi dans :"L'interdiction était tombée comme une pierre miraculeuse dans l'eau morte de la vie ennuyeuse des seigneurs."ou dans ses pensées "La mort était dans la maison ; j'aimais ces paysans, je sentais la douleur et l'humiliation de mon impuissance. Alors pourquoi une si grande paix descendait-elle en moi ? Il me semblait être détaché de toute chose, de tout lieu, éloigné de toute détermination, perdu hors du temps, en un ailleurs infini."      Des personnages, pas des figures Ce qui frappe aussi, c'est la manière dont Levi restitue les habitants du village. Ce ne sont pas des personnages de fiction, et pourtant ils ont la force que nos sociétés contemporaines peinent parfois à produire : des personnalités marquantes, qu'elles soient négatives — les représentants de l'administration, avec leurs petitesses et leurs fastes ridicules — ou, plus fascinantes encore, les figures paysannes. "J'en connaissais maintenant beaucoup de ces paysans de Gagliano, à première vue tous pareils, petits, brûlés par le soleil avec des yeux noirs qui ne brillent pas et ne semblent pas regarder, comme les fenêtres vides d'une pièce sombre."   Ces dernières sont saisies dans une dualité qui ne cesse de travailler le texte : des êtres à la fois soumis et forts. Soumis à un travail sans espoir, dans une région où l'irrigation, les routes, les ponts n'ont jamais été construits, où la terre reste face à une nature indifférente, presque hostile — un climat de neige en hiver et de sécheresse extrême en été. Sans soutien technique, l'agriculture s'y réduit à l'épuisement du corps : beaucoup de fatigue humaine, peu de moyens. Ces paysans, acculés à la dette par un système qui ne leur laisse aucune amélioration possible, semblent accepter leur sort comme une fatalité. "Ces pauvres chants résonnaient dans les rues sombres comme le bruit de la mer dans le creux d'un coquillage; ils s'élevaient sous les froides étoiles de l'hiver et s'éteignaient dans l'air de Noël, plein de l'odeur des beignets, au milieu de la tristesse de ce temps de fête."   Et pourtant, la révolte affleure facilement — parce qu'il y a, sous ce fatalisme apparent, une authenticité intacte, une force dans le rapport à la nature et au travail. On le sent bien quand on interdit au narrateur, médecin de formation, de soigner les villageois : la révolte est immédiate. Il y a chez ces gens un sens aigu de la légitimité, qui dépasse le simple rapport au droit et à l'État — un sentiment fort du bien et du mal, qui se joue à un niveau d'intensité rare. C'est la vie elle-même, au fond, qui se joue entre ces deux pôles. Fascinant également et si bien évoqué, l'étonnant goût de l'art de ces paysans, ils improvisent des pièces de théâtre ou des joutes verbales, les mariés ont un sens inné de la danse par perception du caractère sacré du moment. Ces scènes insolites, Carlo Levi les raconte avec force et justesse. Il nous laisse percevoir, derrière les apparences de cette vie désolée et monotone, la richesse intérieure de ces hommes et ces femmes. Son style, ses images semblent faits de la même matière que le paysage et ses habitants : sobre, forte et au potentiel imaginaire puissant.   Voici le portrait de Giulia, la "sorcière" : "Giulia était une femme grande et bien faite avec une taille mince comme une amphore, la poitrine et les flancs généreux. Elle devait avoir eu dans sa jeunesse une sorte de barbare et solennelle beauté. Le visage était maintenant ridé par les années et jaune de malaria, mais sa structure sévère gardait les traces de l'ancienne beauté, comme les murs d'un temple classique qui a perdu les marbres qui l'ornaient mais conserve intactes la forme et les proportions. Sur son grand corps majestueux, droit, respirant une force animale se dressait couverte du voile une tête petite à l'ovale allongé. Le front était haut et droit, à demi caché par une mèche de cheveux très noirs, lisses et gras, les yeux en amande noirs et opaques avaient, comme ceux des chèvres, le blanc strié de bleu ciel et de brun. Le nez était long et mince, un peu arqué. La bouche grande, aux lèvres minces et pâles avec un pli amer s'ouvrait dans un rire méchant sur deux rangées de dents éclatantes, solides comme celles d'un loup. Ce visage avait un caractère archaïque très accentué, non à la manière de l'antiquité grecque ou romaine, mais d'une antiquité plus mystérieuse et plus cruelle, née sur cette terre même, pure de tout échange et de toute influence humaine, liée à la glèbe et aux éternelles divinités animales. Une sensualité froide, une obscure ironie, une cruauté instinctive, une dureté imperméable, et une passivité pleine de pouvoir, lui composaient une expression à la fois sévère, intelligente et mauvaise. Dans l'ondoiement des voiles et de la large et courte jupe, ce grand corps se mouvait sur ses longues jambes robustes comme des troncs d'arbres, avec des gestes lents, équilibrés, pleins d'une force harmonieuse et portait droite et fière sur ce socle monumental et naturel la petite tête noire de serpent."   Une écriture qui a su trouver sa distance Ce qui fait la réussite littéraire du texte, c'est aussi la position que Levi choisit d'occuper. Il n'appartient pas à cette communauté ; il la découvre avec le lecteur, en même temps que lui. Mais il ne reste jamais un témoin extérieur. Il cherche à comprendre, à se fondre, à entrer dans des logiques qui peuvent sembler irrationnelles, sans pour autant les faire complètement siennes : il les partage, il les pratique, sans adhésion aveugle mais sans mépris non plus. Aucune condescendance, pas même un sourire amusé devant des pratiques que l'on pourrait juger, de l'extérieur, naïves ou limitées. Carlo Levi nous fait partager son attachement pour cette terre "sans consolation ni douceur " et pour ces paysans qui vivent dans la misère et l'éloignement une "vie immobile sur un sol aride face à la mort."   Deux "beautés" dans une troupe d'acteurs ambulants : "Les femmes n'étaient pas des actrices, mais des déesses. Elles paraissaient sorties du sein de la terre ou descendues d'un nuage : leurs énormes yeux noirs étaient opaques et vides comme ceux des statues. Leurs visages marmoréens barrés par les sourcils noirs et épais et les bouches rouges et charnues se dressaient impassibles sur leurs blancs cous robustes. La mère était grande et opulente avec la sensualité paresseuse d'une Junon archaique, les filles étaient minces et onduleuses et ressemblaient à des nymphes des bois qu'un caprice aurait fait s'envelopper de haillons bariolés."   Cette ambiguïté assumée culmine dans son rapport à la magie elle-même. Il apprend les usages de la sorcière du village — les philtres, les plantes, les potions, jusqu'aux formules d'abracadabra, qui pour nous appartiennent aux contes d'enfants mais qui, ici, sont pratiquées comme quelque chose de véritable. Que fait-il de cette croyance ? Le texte ne tranche pas, et c'est précisément ce qui le rend fascinant : il donne à voir, sans le trahir, un rapport à la nature dans son sens cosmique — un rapport vitaliste au monde, que l'homme habite sans en connaître les structures profondes, chimiques ou physiques, mais qu'il ressent, tout entier.    "A la fin, elle se laissa amener à m'initier à ces rites terribles qui, par la seule vertu de la parole, attaquent l'une après l'autre toutes les parties vivantes d'un homme, le frappent, le dessèchent et le mènent au tombeau."   Ce que le témoignage donne à la littérature Si ce livre est de la littérature sans être de la fiction, c'est donc parce qu'il parvient à tenir ensemble deux exigences : la justesse absolue du regard — dans le choix des mots, la description des gestes, des visages, de la beauté comme de la laideur, de la pauvreté — et une capacité d'immersion qui n'efface jamais la distance de celui qui regarde. Cette même sincérité, Levi l'applique à lui-même : il se montre tel quel, avec ses hésitations, ses désirs, ses renoncements.   C'est peut-être cela, finalement, la leçon la plus précieuse de ce livre pour qui écrit : l'authenticité est affaire de regard — un regard qui refuse à la fois le jugement et la complaisance, et qui laisse au langage le temps de retrouver, l'espace d'un livre, quelque chose de sa force originelle, cette même force austère, âpre et puissamment poétique qui anime son style.                                   Sylvie R. B. Si vous souhaitez approfondir et metttre en pratique les thèmes de ce  blog :     {module id="105"}                                                                                                                                                                                                       {loadmoduleid 197} 
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Cher Monsieur

livre-prix Atelier Ironie

Nous avons bien reçu votre manuscrit et nous vous remercions de l'avoir adressé aux éditions du Vent.

Malgré des qualités indéniables, nous n'avons pas été suffisamment convaincus par votre texte pour vous en proposer une publication.

Bla, bla, bla…bla…bla…bla…

Nous vous prions de croire, Monsieur, à nos regrets ainsi qu'à l'assurance …..et patati etpatata….

17 Avril

Et voilà, encore un refus ! Tu parles de regrets … ! Quelle hypocrisie ! Je le sais bien qu'il a des qualités indéniables mon manuscrit, c'est moi qui l'ai écrit ! Je sais bien que ce n'est pas un texte qui se donne facilement.

Aujourd'hui tout le monde regarde son nombril et s'imagine que délayer ses pleurs et ses miasmes par écrit c'est faire de la littérature, chacun se prend pour le nouveau Proust.

Moi je n'écris pas pour être dans l'air du temps ou pour répondre à ce que l'on attend de moi. J'ai seulement un peu d'exigence envers moi-même et surtout envers La Littérature ! Bien sûr, cela demande au lecteur un peu d'efforts pour entrer dans le texte, cela exige un peu de concentration et d'attention pour ouvrir son esprit à d'autres pensées que la sienne.

Aujourd'hui, tout doit être simple, il faut écrire au présent, faire des phrases courtes, sujet-verbe-complément, pas plus, et surtout pas de polémiques mais de l'émotion à gogo !

Ça dégouline ! Je déteste ça !

Je reconnais que mon texte était peut-être un peu trop dense, trop difficile. Une seule phrase, peu de ponctuation, ça a sans doute été jugé provocateur. Ils n'ont rien compris évidemment, j'ai l'habitude … ! Pourtant d'autres l'ont déjà fait avant moi. Gabriel Garcia Marquez, Virginia Woolf …pas des moindres… ! Je ne me compare pas à eux, mais quand même ! Les éditeurs croient que les lecteurs ne sont pas prêts à ça ! Et après on me reprochera de ne m'adresser qu'à une élite ! Je n'y suis pour rien si je suis en avance, après tout n'est-ce pas la mission de l'écrivain : Eclairer !

Comment faut-il que j'écrive pour être lu ?

Ces refus à chaque fois, c'est d'une humiliation !

19 Avril

C'est Nathalie en voyant ma colère et ma déception qui m'a suggéré de tenir ce journal ; selon elle ça pourrait m'aider à comprendre pourquoi ces refus, parce qu'évidemment

celui-là n'est pas le premier. Je dois en être à 4 ou 5, je ne sais plus. Et elle, elle doit en avoir marre aussi, parce qu'à chaque fois, on y croit tous les deux.

Moi, je m'y vois bien. Dans un tiroir de mon bureau, j'ai déjà le Mont-Blanc pour les signatures dans les librairies. Et puis… je me demande si j'accepterai le Goncourt, je n'ai pas encore tranché. Ça pourrait être vu comme une compromission de plus.

Attention à ne pas aller trop loin !

Elle, Nathalie, elle est plus terre à terre. Ce qu'elle attend, c'est le fric que ça va rapporter, je sais qu'elle en a marre de notre deux-pièces, elle me le répète assez souvent.

Je ne l'écoute pas toujours, mais là, je l'ai fait. Elle a peut-être raison, on verra bien.

Et puis, écrire un journal, c'est pas trop difficile, les mots viennent tout seul, j'ai pas besoin de me torturer à chercher un sujet puisque le sujet c'est moi.

Je pourrais peut-être le publier ensuite, c'est la mode aujourd'hui de publier son journal d'écriture, les notes qu'on prend, les ratures, les réflexions qui montrent les difficultés de la création.

C'est une bonne idée à garder dans un coin de ma tête, parce qu'en ce moment je me sens un peu à sec.

23 Avril

Rien écrit depuis 4 jours. Rien. Vacances de Pâques obligent. Une semaine dans la famille de Nathalie, à la campagne, je pensais que ça allait être bon pour mon inspiration, le silence, l'air pur, les balades en forêt, mais non, des mômes partout excités à la perspective de se goinfrer de chocolats, discussions genre café du commerce avec le beau-frère…les éternelles allusions de la belle-mère qui a très envie d'être grand-mère…

Pitié !

24 Avril

Mes ambitions sont ailleurs. Personne ne comprend vraiment ce que c'est que de sentir qu'on porte une œuvre en soi et de ne pas être reconnu, de ne pas être compris !

Ce que je veux c'est partager ma vision du monde avec mes lecteurs, il ne s'agit pas de faire un essai, je ne suis ni sociologue ni philosophe, mais je veux transcender le réel, que mon œuvre reflète métaphoriquement la décadence de la société.

Notre monde vacille. Tout s'effondre. Nous vivons dans un champ de ruines, le précipice est là et nous ne le voyons pas. Comment raconter ce chaos ? Quel sujet ? Sous quel angle ?

Une catastrophe écologique, ça a déjà été fait ! Les villes désertes pendant le Covid, miroirs de nos intérieurs abandonnés, c'est peut-être pas mal… A voir !

Et l'écriture ? Mon intuition me dit qu'il faut qu'elle soit chaotique elle aussi. Pour l'instant je ne sais pas trop ce que ça veut dire mais je me comprends et ça me plait !

Je dois être dans la subtilité, plus modeste aussi peut-être !

Je me sens comme un lanceur d'alerte.

26 Avril

Je viens de lire un livre qui s'appelle « Regarde les lumières, mon amour », je me souviens plus du nom de l'autrice, (c'est comme ça qu'on dit maintenant !). Je m'attendais à une belle histoire d'amour qui allait me faire du bien et puis, pas du tout ! Le livre se passe dans le supermarché dans lequel cette femme fait ses courses, elle observe les gens, ce qu'il y a dans les rayons, ce qu'ils achètent et elle en tire des réflexions sur notre époque, je ne m'attendais pas à ça ! Choisir un supermarché comme sujet de roman, c'est gonflé ! …Moi j'aurai pas osé, mais c'est peut-être là que je me trompe !

En cherchant sur Wikipédia j'ai vu qu'elle s'appelait Annie Ernaux et qu'en plus elle avait eu le prix Nobel de littérature il y a quelques temps.

Ça m'a un peu estomaqué !

Et pourquoi je ferais pas pareil ? M'inspirer de la vie des gens, des vrais gens !

Je pourrais choisir un lieu, m'y rendre régulièrement et rendre compte de mes observations comme un entomologiste. Le tram, la salle d'attente, le marché… ? ou bien un fait divers, y'en a bien assez, j'ai le choix !

Mais, si Annie je ne sais plus quoi, elle a fait ça, c'est peut-être aussi parce qu'elle n'avait plus d'inspiration !

Heureusement, j'en suis pas encore là !

28 Avril

Nathalie, elle voudrait que je reprenne le boulot, je sens que ça l'énerve de me voir à mon bureau quand elle rentre le soir. Aussitôt elle se précipite pour ouvrir les fenêtres à cause de la fumée. Elle est un peu maniaque ! Après elle râle parce que j'ai pas fait les courses, parce que la pièce est en désordre, parce que j'ai pas mis le lave-vaisselle en route…en fait elle râle tout le temps…Elle ne sait pas la chance qu'elle a de vivre avec quelqu'un qui a du talent, avec quelqu'un qui va lui permettre de s'élever un peu, parce que pour l'instant en dehors de son salon, de ses clientes et de ses magazines, elle, y'a pas grand-chose qui la transcende ! J'en connais qui aimeraient bien être à sa place !

Mais quand on en sera à 10.000 exemplaires vendus, on verra si elle continue de râler.

C'est vrai que j'ai arrêté de travailler il y a quelques mois. Au boulot je perdais le contact avec mon inspiration, mais comment faire autrement ? Elle voulait pas que j'arrête, elle criait On va pas s'en sortir !Pour elle y'a que le fric qui compte ! Mais j'ai été patient et après beaucoup de discussions, elle a fini par être d'accord.

Et maintenant, les reproches !

Nous les artistes, on est des êtres fragiles, on a besoin de soutien, d'encouragements, personne ne sait à quel point on doute de nous, personne ne sait combien c'est dur d'entendre trop souvent une petite voix qui répète en boucles qu'on va pas y arriver alors qu'on sait que notre seule façon d'être au monde c'est Ecrire !

29 Avril

Ce matin, dans le tram pour aller chez le dentiste, je regardais les gens se bousculer, monter, descendre, s'installer avec leur cabas, leur téléphone, leurs gosses, faut voir l'air qu'ils ont les gens, fatigué, triste, ailleurs, vieux, les gamins excités, mal-élevés, les conversations à voix haute…Et tout d'un coup, j'ai eu un déclic, mon terrain d'observation je l'avais devant moi, ça a été comme une illumination, je vais partir du réel moi aussi, sauf que moi, mon réel ça va être les gens, je vais faire leur portrait sur le vif, le portrait des figures du chaos, l'incarnation de la médiocrité !

J'ai pris quelques notes :

Une femme regarde une vidéo de chat en riant alors que pendant ce temps les glaciers et nos consciences s'évaporent. Décadence contemporaine

Le dos courbé, le visage aspiré par les rectangles lumineux, chacun scrolle à la recherche de celui qui lui dira quoi penser et quel masque choisir. Médiocrité générale.

Le silence fait peur. Nous ne sommes plus que quelques-uns à penser encore. Lucidité tragique.

Evidemment ce sont des bribes… mais c'est un bon début… on sent qu'il y a une pensée derrière, ça a de la profondeur !

J'ai enfin trouvé le sujet à la hauteur de mon ambition …et de mon talent !

J'ai déjà le titre : La Nouvelle Comédie Humaine !

3 Mai

C'était trop beau ! Depuis que j'ai trouvé mon sujet, c'est le black-out total ! C'est peut-être l'ampleur de la tâche qui me fait peur !

Je suis à sec, plus rien, pas un mot.

Faut dire qu'hier et avant-hier j'ai été réquisitionné pour aider le beau-frère à déménager, « Puisque tu ne travailles pas, tu pourras venir nous aider… ?». Pour eux, je m'amuse, je gribouille… Ce que je fais c'est pas un travail.

Et ça fait 4 jours que je passe mon temps à contempler mon ordinateur. Je reste des heures à remuer, touiller, mélanger un tas d'idées toutes plus importantes les unes que les autres sans arriver à me lancer. Je n'arrive pas à développer, je ne vais quand même pas passer mes journées dans le tram, ça va paraitre suspect à force…

5 Mai

Nathalie m'a posé un ultimatum. J'ai 6 mois pour avoir un contrat avec un éditeur ou un boulot, sinon elle s'en va !

8 mai

Nathalie n'osera pas me quitter, sa menace ne me fait pas peur, sans moi elle n'arriverait pas à grand-chose, la pauvre petite.

9 Mai

Je ne sais pas pourquoi mais en ce moment, je suis à deux doigts de tout envoyer promener, mes ambitions, mon projet, la Littérature ! Je donnerais tout au monde pour ne pas me trouver devant cet écran, dans ce bureau qui relève plutôt de la chambre de tortures que du cabinet d'écriture. Plusieurs semaines que ça dure, je ne m'en sors pas.

Ecran blanc.

Je me demande comment ils font, les autres, j'en connais qui font allègrement leurs 1000 caractères par jour, moi je ne suis pas dans cette catégorie. Pour faire une phrase dont je n'ai pas honte, je dois arracher les mots un par un à mon pauvre cerveau, y'a des périodes comme ça !

Et du coup j'ai pensé à Sartre ! Avec Simone ils écrivaient dans les cafés, au milieu du va et vient des gens, des conversations, de la vie quoi ! Pourquoi pas essayer… Changer d'ambiance ça peut être bien ! Je ne supporte plus l'appartement avec ses odeurs de chou-fleur et Nathalie qui me fait la gueule ! Changer de lieu, ça me ferait des vacances !

15 Mai

Qui a dit : « Il faut écrire parmi les hommes » ?

Depuis quelques jours, je me suis installé au Café de la Mairie, bien au fond pour être plus tranquille. C'est sûr que c'est pas la même ambiance qu'aux Deux Magots, ici la télé est allumée en permanence, les gens parlent fort, s'engueulent souvent à propos de tout, le tiercé, le foot, la politique …C'est pas simple pour se concentrer, moi qui voulait du changement, je suis servi mais j'ai quand même un peu de mal, avec le bruit. En plus, toutes les heures le serveur revient pour que je renouvelle ma commande, je suis abruti de café, je ne dors plus, je m'énerve pour un rien. Je ne sais pas si je vais tenir bien longtemps !

Il y a quelques années j'avais essayé la recette d'Amélie Nothomb, le champagne, ça m'avait coûté une fortune et ça n'avait rien donné de concluant. Le seul avantage c'était l'euphorie dans laquelle ça me mettait, Nathalie était plutôt contente, mais pour écrire, rien, nada.

20 Mai

Au café, depuis quelques jours, y'a un type qui me regarde bizarrement, il se met toujours à la même place, gourmette et chaîne apparemment en or, montre connectée, pas tout à fait mon style, mais sa curiosité me flatte un peu, il est là chaque matin devant son p'tit blanc et ne me quitte pas des yeux. C'est au point que nous avons fini par nous saluer en arrivant.

Et puis ce matin il s'est approché, m'a demandé s'il pouvait s'asseoir, ce que je fais l'intéresse. Est-ce que je suis vraiment un écrivain ? Quel genre de livre j'écris ? Est-ce que j'ai déjà publié ? J'étais un peu déconcerté par sa démarche et en même temps assez honoré de voir qu'il avait très vite reconnu l'écrivain en moi.

Ne sachant pas à qui j'avais à faire, prudent, je lui dis que j'avais des textes en attente de publication, que l'écriture était toute ma vie, que j'avais un projet en cours mais que j'étais pour l'instant confronté à celle que j'appelais ma pire ennemie, la page blanche ! Ce qui était selon moi, le lot de tous les grands écrivains !

Il avait l'air très intéressé.

Il me dit qu'il était influenceur sur Instagram, coach de vie et expert en développement personnel, qu'il avait lui aussi un grand projet. Il voulait changer des vies, révéler des âmes et écrire tout ça dans un livre, il était sûr que ça marcherait !

J'ai mis un moment à saisir pourquoi il me racontait tout ça et puis j'ai compris … !

Il ne pouvait pas l'écrire seul, il lui fallait un vrai écrivain, quelqu'un qui maitrisait l'orthographe, la syntaxe et tous ces trucs-là comme il disait. C'est en allant faire son tiercé qu'il m'avait repéré, je lui avais donné l'impression d'être un gars sérieux.

Je n'arrivais pas à réaliser vraiment ce que cela signifiait ! J'avais l'impression qu'il parlait à quelqu'un d'autre ! Il m'avait pris pour un écrivaillon que l'on paye à la ligne, un scribouillard de feel-good. Il n'avait pas mesuré à qui il s'adressait.

Comment une idée pareille avait pu germer dans la tête de quelqu'un qui venait d'une autre planète. Quel rapport avec moi ? avec la Littérature !

Je me sentais humilié, déshonoré.

Je me suis levé, j'ai fermé mon ordinateur et en le regardant froidement, je lui dis que je ne mettrai jamais mon talent au service de quelqu'un d'autre, qu'il ne serait jamais question que je sois le nègre de quelqu'un ou pour être politiquement correct le prête-plume, le sous-traitant, l'écrivain fantôme, le soutier de la littérature ! Jamais ! Je n'allais pas me prostituer, je suis un écrivain moi, mes livres je les écris avec mon cœur, avec mon sang !

Il s'est figé, surpris, ne s'attendant sans doute pas à cette réponse, mais il s'est vite repris et me dit que c'était normal que j'ai besoin de réfléchir, qu'il me donnait quand même ses coordonnées sur Instagram et que j'aurai qu'à lui mettre un message quand je serai prêt. Il semblait assez sûr de lui !

Je quittai le café la tête haute mais pour la première fois depuis très longtemps j'avais envie de pleurer !

22 Mai

J'ai fait la bêtise d'en parler à Nathalie en rentrant à la maison. J'ai vu avec surprise qu'elle connaissait bien ce genre de littérature, elle était intarissable sur le sujet, trop contente de parler de choses que je ne connaissais pas. J'ai eu droit à tout : le yoga tantrique, la méditation en pleine conscience, le cri primal, les mantras, l'immersion dans le froid afin de se reconnecter avec les autres…et j'en passe !

La méthode Coué, oui ! Le bonheur à tout prix !

Et elle a commencé à me tanner pour que j'accepte la proposition de mon coach de bistrot. Elle était tout excitée, comme si elle avait enfin l'autorisation de jouer sur mon terrain ! Ça sera formidable, tu vas enfin écrire quelque chose d'intéressant, d'utile et puis c'est sûr, ça va se vendre !

La totale quoi ! Si j'avais des doutes sur ce qu'elle pensait de moi, là, j'étais servi !

Mais je m'efforçais de ne pas réagir, droit dans mes bottes et fidèle à mes convictions.

La Littérature avant tout !

25 Mai

Nathalie revient à la charge pratiquement tous les jours, elle me saoule avec ce type, elle voudrait le rencontrer pour qu'il lui parle de sa philosophie, de sa méthode et de la manière dont il envisage notre collaboration, financièrement surtout.

La voilà qui se transforme en agent littéraire maintenant, j'aurais tout vu !

Et quand j'ai poussé un coup de gueule pour qu'elle me fiche la paix avec ça, elle m'a rappelé son ultimatum et me dit que ça tenait toujours.

Je n'ai pas répondu.

Avec tout ça, ma Nouvelle Comédie Humaine est bien loin. Ce type m'a complètement perturbé avec sa proposition, je ne sais plus où j'en suis.

28 Mai

Nathalie a rencontré le coach, il est génial, elle s'est beaucoup retrouvée dans sa manière de voir la vie, c'est une chance pour nous deux cette rencontre, j'ai enfin trouvé du travail et je pourrais en même temps profiter de ses conseils, ce qui n'était pas de trop !

Plus rien ne la retenait !

29 Mai

J'ai passé la nuit à peser les deux scénarios !

Je me lance là-dedans, je trahis mes maîtres, Balzac, Schmidt, Foenkinos, Pancol et j'insulte tout ce que j'aime dans la Littérature ou bien je me dis que ce sera temporaire, histoire de se refaire un peu financièrement, de payer nos dettes et de s'offrir un appartement.

Je suis en plein dilemme cornélien !

12 Juin

Nathalie a décidé pour moi. Je n'ai pas eu le choix.

Ça fait déjà 2 semaines que nous avons eu notre première réunion de travail.

Avec Jonathan je suis entré dans le monde des algorithmes ! Ce qui compte pour lui ce n'est pas écrire pour être lu, mais écrire pour vendre.

Ce que je dois écrire, ce sont des stories qui doivent obtenir un score élevé. Il faut des mots chocs, émotionnels surtout, et que ça percute… En fait, il n'a rien à raconter, ce qu'il veut c'est avoir des abonnés sur Instagram et le plus de followers possibles, c'est ça qui paye.

J'apprends à ravaler ma dignité.

Je me résigne en intégrant ses délires dans un style accessible, fluide, séduisant. Beaucoup de superlatifs et de points d'exclamations.

J'enrobe ! j'enjolive ! ça lui plait et ça marche ! Comme il dit, Pas de mental ! Rester dans la vibration !

Il parait qu'à chaque publication sur Insta, les commentaires sont tous plus élogieux les uns que les autres. Merci Jonathan, tu as changé ma life ! Le nombre de followers augmente et le tiroir-caisse n'arrête pas de sonner.

19 Juin

Chaque jour il m'envoie des notes vocales, souvent à 3h du matin, d'un souffle inspiré il me parle de ses visions astrales, de ses vibrations qui doivent aider les chakras du lecteur à s'ouvrir.J'essaie de proposer de vraies idées, de tenter quelques résistances stylistiques, une métaphore un peu fine, une tournure ironique, un peu de deuxième degré mais lui réagit tout de suite : On est pas là pour faire du Proust, on est là pour changer la vie !

J'ai dû renoncer !

Il peut aussi choisir une citation sur Pinterest et me demander d'en faire le narratif, comme il dit. Je ne suis pas sûr qu'il sache ce que ça veut dire, mais à moi de transformer ces truismes en révélations !

Hier c'est la phrase Souris à la vie et la vie te sourira ! qui l'a impacté !

Voilà ce que j'en ai fait :

La vie n'est pas un long fleuve tranquille !

Quand tu es fatigué, que tu vois tout en noir, que tu n'en peux plus :

Oublie ton égo !Place-toi hors de ton mental ! Sois dans le moment présent ! Totalement !

Et mets en pratique le feed-back facial (comme je l'ai expliqué dans mon post du 14 Juin).

Tu verras, le sourire a des effets magiques. Il t'aidera à te reconnecter avec ton moi profond avec tes vibrations intérieures. Ta vie elle-même sera une vibration. Tu te sentiras réaligné et ton sourire pourra accueillir un autre sourire.

Souris à la vie, elle te sourira.

Je me surprends moi-même !

22 Juin

Hier j'ai ouvert le fichier de La Nouvelle Comédie Humaine, ça m'a fait drôle de me lire, même si ce n'était que quelques notes. Mes phrases me semblaient lourdes, manquaient d'impact, d'intensité ; sur le moment j'ai eu envie de rajouter quelques points d'exclamations et puis je me suis vu !

C'est moi le scribouillard de feel-good maintenant. C'est pathétique ce que je suis devenu !

14 Septembre

Je n'arrive pas à y croire ! Jonathan a réussi à faire éditer les textes et le livre vient de recevoir le prix Good-Life du Développement Personnel 2025.

Je ne sais pas qui est l'imposteur dans cette histoire !Je suis publié mais à quel prix ! Il n'y a que moi qui connait le véritable auteur de ce livre, l'autre imbécile se pavane comme un coq sur la scène le trophée dans les mains !

J'avais sans doute des rêves trop grands.

Je ne suis pas un écrivain, je ne fais que vendre des illusions avec des phrases courtes.

Ça a le mérite de procurer une forme de paix. Les virements tombent régulièrement.Nathalie est heureuse, elle a enfin son appartement avec vue sur le parc

C'est mieux que rien !

Camille L.

14 Juin 2025 

Nombril
Les bijoux de famille
 

Commentaires 1

Invité - Claire Pasquié le jeudi 4 septembre 2025 16:25

Ça été un plaisir de lire ce journal. J'en ai beaucoup aimé le ton rempli d'humour. La critique de notre société est menée avec finesse car l'ironie est percutante sans être méchante. Percuter avec légèreté n'est pas si simple ! Ironie envers les philosophies ambiantes, les modes littéraires, mais ironie aussi envers soi-même. Nos ambitions, nos faiblesses, nos tentations, nos doutes sont subtilement pointés du doigt. Si bien qu'un célèbre adage de l'Ecclésiaste m'est aussitôt venu à l'esprit après le point final, "Vanité des vanités, tout est vanité". Eh oui, il nous faut affronter la réalité et cependant garder l'espérance. Et la joie d'écrire !

Ça été un plaisir de lire ce journal. J'en ai beaucoup aimé le ton rempli d'humour. La critique de notre société est menée avec finesse car l'ironie est percutante sans être méchante. Percuter avec légèreté n'est pas si simple ! Ironie envers les philosophies ambiantes, les modes littéraires, mais ironie aussi envers soi-même. Nos ambitions, nos faiblesses, nos tentations, nos doutes sont subtilement pointés du doigt. Si bien qu'un célèbre adage de l'Ecclésiaste m'est aussitôt venu à l'esprit après le point final, "Vanité des vanités, tout est vanité". Eh oui, il nous faut affronter la réalité et cependant garder l'espérance. Et la joie d'écrire !
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Phrases d'auteurs...

"Si vous avez quelque chose à dire, tout ce que vous pensez que personne n'a dit avant, vous devez le ressentir si désespérément que vous trouverez un moyen de le dire que personne n'a jamais trouvé avant, de sorte que la chose que vous avez à dire et la façon de le dire se mélangent comme une seule matière - aussi indissolublement que si elles ont été conçus ensemble."  F. Scott Fitzgerald

"Le romancier habite les seuils, sa tâche est de faire circuler librement le dedans et le dehors, l'éternité et l'instant, le désespoir et l'allégresse."  Yvon Rivard

" La vie procède toujours par couples d’oppositions. C’est seulement de la place du romancier, centre de la construction, que tout cesse d’être perçu contradictoirement et prend ainsi son sens."  Raymond Abellio

"Certains artistes sont les témoins de leur époque, d’autres en sont les symptômes."  Michel Castanier, Être

"Les grandes routes sont stériles." Lamennais 

"Un livre doit remuer les plaies. En provoquer, même. Un livre doit être un danger." Cioran

"J'écris pour me parcourir. Peindre, composer, écrire : me parcourir. Là est l'aventure d'être en vie."Henri Michaux

"La littérature n’est ni un passe-temps ni une évasion, mais une façon–peut-être la plus complète et la plus profonde–d’examiner la condition humaine." Ernesto Sábato, L’Ecrivain et la catastrophe

"Le langage est une peau. Je frotte mon langage contre l'autre. " Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux 

 

 

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Faire peur au lecteur !
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« L’émotion la plus forte et la plus ancienne de l’humanité c’est la peur, et la peur la plus ancienne et la plus forte est celle de l’inconnu. » affirme H. P. Lovecraft. Mais, sous l’évidence du mot et de l’émotion qui lui est associée, qu’est-ce finalement, la peur ?...

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