Par Camille L. le jeudi 25 juin 2026
Catégorie: Textes d'ateliers

Le jour d'après

Au fond de nous-mêmes

Nous désirons tous qu'arrive vite le jour du drame

Nous désirons tous que demain soit la veille d'un nouveau jour

Que demain voit la fin de cette nuit noire

Que vienne le jour d'après

Nous voulons tous connaître ce qui doit arriver

Depuis quand avons-nous commencé à attendre ?

On raconte qu'autrefois, dans le village entouré de forêts et de brume

La cloche de l'église a sonné en pleine nuit, jusqu'au matin

Pas un glas, pas un tocsin, pas une heure

Un son long, grave, profond

Le lendemain, personne n'avait su qui l'avait entendue en premier

Mais tout le monde affirma l'avoir entendue

Le pasteur déclara simplement : « C'est l'annonce ! »

L'annonce de quoi ? Il n'y eut pas de réponse

Et depuis les jours passent, les mois, les années

Chaque jour nous attendons ce qui ne vient pas

Le temps s'est arrêté

Nous vivions dans le plus bel endroit du monde

Dans une vallée entourée de montagnes

Le silence à peine troublé par le murmure des ruisseaux et les cris des oiseaux

Et depuis ce jour, depuis ces mois, depuis ces années

Nous vivons dans une attente qui nous vrille le cœur

On ne sait ce qui doit arriver, mais on sait que ça viendra

Les anciens parlent de La Grande Catastrophe

La menace est partout

Dans les regards, dans les silences

Dans la façon dont on ferme les volets le soir

Dans les noms qu'on donne aux enfants

Nous portons la peur sur nos épaules

Celle de nos parents, celle des parents de nos parents

La peur éteint les regards, elle fige les gestes, elle alourdit nos pas

Tout nous fait signe, un oiseau, une main, une ombre

Les jours passent, puis les mois, puis les années

Depuis longtemps nous n'avons plus de questions

Les enfants ne grandissent plus

Nous oublions notre jeunesse

Nous avons perdu la mémoire

L'attente épuise notre imagination

Nous ne rêvons plus

Aujourd'hui nous ne sommes plus que quelques-uns

Certains d'entre nous ont renoncé

D'autres veulent en finir

Du village il ne reste plus que des maisons vides

Nous vivons comme on marche sur la glace d'un lac, espérant qu'elle ne se rompe pas

Chaque jour nous craignons demain

Chaque jour nous espérons que l'imminent soit là demain

Chaque jour nous voulons que demain arrive

Nous sommes en sursis

Nous sommes dans le silence

Quelque chose attend

Nous sommes prêts 

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